La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'É\'OLUTION DE LA PROPRIÉTÉ C:T LE SOCIALIS~IE 455 Il se fit donc journaliste et traita surtout les questions agraires. C'était en 18G9. Il publia une brochure intitulée : Oiir Land mul oitr Policy (Notre sol et notre politique). \ Plusieurs de ses théories économiques, dit Émile de Laveleye, celles, par exemple, sur les lois du salaire, de l'intérêt et de la population, sont <lues à une généralisation trop hàtive, et à cc qu'il avait vu en Californie, où primitivement il y avait du terrain fertile et produisant des métaux précieux, où les moindres établissements devenaient rapidement des villes considérables et où le colon arrivait en même temps l1ue la locomotive. En 18711,Henry Georges publia une seconde brochure : The luncl Quesiion (la Question du ~ol). Dans cet ouvrage, il s'adresse surtout aux meneurs irlandais, les invitant à se déclarer ouYertcment pour la nationalisation <lusol, à abandonner le terrain étroit du nationalisme, pour entrer dans une grande armée socialiste et se gagner ainsi les sympathies du prolétariat anglais. Henry Georges s'empressa d'ajouter que la nationalisation de la terre est tout autant à l'ordre du jour en Amérique, où la propriété se monopolise rapidement, qu'elle peut l'être en Angleterre et en Irlande. Il fut ainsi amené à écrire, en 1879, le livre Pi·ogl'ess and Povei·tu, qui mit le sceau à sa célébrité en Amérique et en Europe même. Henry Georges s'affirma tout d'abord nettement collectiviste : « Il n'y a, dit-il aYec sa fougue celtique, il n'y a qu'un moyen d'éloigner le mal : c'est <l'éloigner la cause. La pau\Teté devient plus intense à mesure que la richesse augmente; les salaires baissent alors que la puissance productive s'accroit, parce que la terre, qui est la source de toute richesse et de tout travail, est monopolisée. Pour extirper la pauvreté, pour faire que les salaires soient ce que la justice veut qu'ils soient, c'est-à-dire le gain complet du travailleur, nous devons donc substituer à la propriété individuelle de la terre la proprieté commune. Aucun autre moyen n'atteindra la cause <lumal, aucun autre ne laisse le moindre espoir. Voilà donc le remède à la distribution injuste et inégale de richesse apparente dans. notre civilisation moderne, et à tous les maux qui en découlent : Il faut que la terre devienne propriété commune. Nous avons atteint cette conclusion à la suite d'un examen des choses, où chaque échelon franchi était Yérifié et consolidé. Dans la chaîne du raisonnement, il ne manque aucun anneau, et aucun n'est faible. La déduction et l'induction nous ont conduit à la même vérité : l'inégale propriété de la terre est inséparable de la reconnaissance de la propriété individuelle de la terre; il s'ensuit necessairement que le seul 1·emècle à l'injuste clistribi~tion de let richesse est de1·endre la teri·e p1·op1·iétécommune.

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