446 LA REVUE SOCIALISTE la réunion, une commission serait chargée de former un seul bloc des propriétés morcelées et de les répartir ensuite entre propriétaire en lots aussi peu nombreux que le permettraient les droits de chacun (1). » U. Lecoutcux, en son Corn·s d'Econom,ie nirale, insiste beaucoup également pour l'adoption de la commassation. « Qu'il s'agisse, dit-il, de grandes, de moyennes ou de petites propriétés, il y a pour chacune de ces situations territoriales un intérêt commun, qui les touche et les appelle à un même ensemble pour remédier au morcellement du sol, au régime des enclaves, au régime des parcelles mal placées, mal limitées, mal construites. Or, le remède, cc sont les réunions des parcelles par voie d'échanges. » A quoi M. E. Pignon répond fort bien dans la Philosphie de l'.1luenfr: « Le professeur a sans doute oublié que même la réunion en une seule exploitation du territoire ne procurerait pas aux petits cultivateurs, à la masse des paysans, les moyens de vin·e de leur travail, et que cette mesure, en permettant l'emploi <lela mécanique, priverait la majeure partie de la population rurale de tous les moyens d'existence. » Mais supposons le moyen efficace. Admettons avec Rudolf ~Icyer que la cornmassation réalise un grand progrès économique pour tous les propriétaires, mais surtout pour les petits. Disons aYcc lui, si l'on veut: « Ce sont les petits propriétaires qui relativement souffrent le plus des pertes de temps et de terrain qu'entraîne le morcellement; ce sont eux aussi qui sont scals exposés à avoir des parcelles de terre dont l'exigu"ité rend la culture infructueuse ou impossible. Le possesseur d'un grand domaine n'a pas de semblables non-valeurs. Au contraire, un paysan a souvent plusieurs lopins qui, dispersés, sont d'un rapport presque nul, et dont la réunion formerait un ensemble utilement exploitable. La commassation ne donne pas de terre à ceux qui n'en ont pas ou n'en ont qu'une étendue insignifiante ; mais elle met ceux qui en possèdent à même de tirer de leur bien le meilleur parti possible (2J. Tout cela accepté, il n'en faudra pas moins arriver à cette triste constatation du même auteur: Elle (la commassation) ne détruit pas les causes du morcellement, mais elle atténue la rapidité de ses ravages et retarde le moment fatal ot1les petites unités économiques ~ont amenées à disparaître et à faire place aux latifundia. D'ailleurs, efficace ou non, la commassation ne sortira jamais de la brume des projets utopiques ; malgré les recommandations des (1) Léonce DE LAVERGNE, f'conomie rurale <lela France. • (2) Rudolf MEYER, les Souffrances de l'agriculture dans l'Association catholique.
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