La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION DE LA PROPRiëTÉ ET LE SOCIALISME 441 la grande propriété n'avait quy 22 0/0 de la surface du sol anglais, en 1872 elle en avait les 92 0/0 ! • D'après les statistiques, le nombre des propriétaires s'élève, en Angleterre, à 962,000. Mais remarquez bien que sur ce nombre 703,289 possèdent moins d'un acre (1). Ils possèdent au total 151,150 acres seulement, tandis que les 269,5<!7 qui restent possèdent ensemble 32,874,000 acres, la presque totalité du sol. Cette énorme surface est loin d'être partagée à peu près également entre les bénéficiaires: 9,000 d'entre eux possèdent près de la moitié du sol national,. et une centaine, près de la la moitié de cette moitié. Voici quelques chiffres: le duc de Northumberland, propriétaiee de 186,397 acres, possède plus à liii tout seiil que les 708,289 petits pi·opriétctfres. Après lui, viennent le duc de Devonshire, 132,996 acres ; le duc de Cleveland, 102,785; sir \V. \Vym, 91,021; duc de Bedford, 87,508; continuons par le comte de Carlisle, propriétaire de 78,541 acres; le duc de Rutland, qui en détient 68,943; le comte de Lonsdale, 67,457; comte Po,vis, 61,008; M. John Bowes, 57,200; le comte Brownloy, 57,798; le comte Derby, 55,897; lady vVilloughby d'Eresby, 55,017; le comte de Warborought, 55,272; le marquis d'Ayesbury, 53,362; lord Seconfield, 58,460; le duc de Portland, 53,771; lord Londesborough, 52,656; comte de Cadwclow, 51,517. Nous n'en sommes pas encore là en France; mais le déclin de la petite propriété est visible. L'accroissement même des cotes foncières que d'aucuns nous représentent comme un progrès en est une preuve. D'après les statistiques officielles de M. Gimel, la moyenne de la petite propriété, qui était en '1816de 70 ares, n'est plus aujourd'hui que de 38 ares. La très petite propriété, cotes de moins de 5 francs, a pu augmenter eri nombre; elle s'est réduite en étendue, et c'est là le fait capital. Les cotes plus élevées ont diminué, elles se sont donc concentrées. Toutes causes aidant, la situation de la petite propriété en France n'est pas du tout ce que l'on croit généralement. Un publiciste compétent, dont nous avons à déplorer la perte récente, M. A. Toubeau, auteur du livre la Répai·tition métrique des impôts, a établi, d'après les statistiques officielles, que la petite propriété ne comprend pas plus du huitième du sol (1) et qu'elle perd constamment. L'issue n'est pas· douteuse.· • Même dans l'Amérique du Nord, terre promise de l'individualisme, la grande propriété poursuit la série de ses· enva~issements. (1) Dans une intéressante communica,tion au congrès international pour la réforme agraire et sociale tenu à Paris en 1889, M. Toubeau a indiqué pour 29

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