La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA RE\-UE SOCIALISTE portantes formations de propriété collective qui, par la force de leur principe, ont résisté au légalisme hostile, au propriétariat avide et aux milieux contraires. III ORIGIXES DE LA PROPRIÉTÉ IXDIYIDUELLE Quand le progrès des temps a obligé les bénéficiaires de la propriété indiYiduellc à justifier leur droit, ceux-ci ont allégué toutes sortes de raisons idylliques aussi peu fondées les unes que les autres, comme l'affirmation sophistique que la propriété est le produit du travail. La propriété n'est pas le produit du travail, puisqu'elle est surtout possédée par les oisifs, et que toutes ses premières origines sont tachées de sang. Il était accruis, dans l'ancien droit, que la guerre était un moyen légitime d'acquérir. Voyez Aristote. Il était non moins acquis que le pillage et l'assassinat, c'est-à-dire la guerre pour acquérir, étaient chose nohlc, tanùis que le travail était ùéshonorant et cligne seulement des esclaYes. Voyez encore Aristote. Toute l'histoire ancienne nous montre la violence et la propriété d'une part, le travail et la scrvitud0 de l'autre. Mais restons dans l'ère chrétienne; que voyons-nous? Les Romains avaient dépossédé et asservi les Italiques, les llellèncs, les IIibèrcs, les Gaulois, les Syriens; ils sont à leur tour dépossédés et asservis par les hordes germaniques au cinquième siècle. Les nouYcaux beali possidenles se font chrétiens, et ils partagent avec les évêques et les moines. Mais voici qu'un troisième larron, le Normand, arrive sur ses barques légères du fond de la Scandinavie; il reprend au lanon gel'main la France du Nord, l'Italie méridionale et l'Angleterre tout entière. Oh! le vol fut accompli sans formalités hypocrites. Le lendemain de la bataille d'Ilastings, Guillaume, dit le Conquérant par la servile histoire, se Dt apporter les registres des propriétés de la monarchie anglo.,saxonne pour les distribuer à la bande pillarde qu'il avait conduite en Angleterre (1). L'état de partage prit un nom sinistre; les Anglo-Saxons, dépossédés à leur tour, mais peu intéressants, puisqu'on ne faisait que leur reprençlre ce qu'ils avaient précédemment enlevé aux prêtres et aux Celtes primitifs, l'appelèrent le Dooms-day-booh (le livre du jugement). Maigre consolation. En bons chrétiens qu'ils étaient, les Normands firent une grosse part au clergé catholique; mais celui-ci fut dépossédé à son tour (1) L'histoire a conservé le nom du chevalier Gilbert, le seul Normand ou mercenaire <le Xarmand qm ait refusé sa part du bien volé.

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