La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION DE LA PROPRIÉTÉ ET LE SOCIALIS:'IIE -133 au clergé les immenses biens-fonds que celui-ci avait arrachés aux simples par la terreur de l'enfer, avait eu de saines notions économiques, il aurait réparti entre les communes et déclaré inaliénables les biens nationaux dont il disposait ainsi et qui valaient, y compris la confiscation des biens nobiliaires, cinq milliard d'alors, quinze milliards de maintenant. Le Directoire préféra livrer le tout, pour quelques centaines de millions, à des aigrefins qui revendirent très cher aux sous-aiyrefi.ns des bandes noires, qui re\·endirent plus cher encore quelques parcelles aux moins pauvres des paysans. On avait repris au nom du peuple; c'est la bourgeoisie qui garda tout, aYec cette aggravation que le clérgé et les nobles se reconnaissaient, malgré tout, quelques devoit·s de bienfaisance, tandis que le bow·- geois ploutocrate moderne, àpre pratiquant de l'enrichisse:;-vous, de Guizot, et du chacun pour soi, de Dupin, excr::c dans toute sa meurtrière rigueur le droit d'user et d'abuser, renouYelé des Romains, par notre triste Code civil, et ne se reconnaît aucun devoir social. Quelques bribes des biens nationaux revinrent pourtant aux communes dont le patrimoine s'étendit ainsi à plus de cinq millions d'hectares. Bonaparte, qui, après aYoir étranglé la République et déshonoré la Révolution, avait trouvé moyen, tout en épuisant la France et en ravageant l'Europe continentale, de liner le cr1;dit national et les mines à la haute banque, jeta un regard de vautour sur les biens communaux, et il allait les confisquer par un subterfuge fiscal, lorsque la défaite, que la France ::oupable d'avoir subi sa tyrannie paya si cher, mit fin aux crimes de l'homme de Brumaire et sauva les biens communaux. Louis-Philippe et le second Bonaparte furent également très défavorables aux biens communaux, dont ils facilitèrent et encouragèrent l'aliénation. Fort heureusement, les communes résistèrent, et avec tant de succès, qu'en 1863 encore les biens communaux susceptibles de revenu et assujettis à la taxe de mainmorte étaient au nombre de 4.'i.,921et s'étendaient sur une supel'ficie de -i,855,4i5 hectares, soit le onzième du tenitoire de la France. Ils se décomposaient en: • 333.463 hectares en culture; 1. 823.113 ici. de bois; 2. 696.788 id. incultes, pâtures ou ga.rrigues; 317 id. en propriétés industrielles; 1. 533 id. propriétés bâties. Tout ce domaine était évalué à 1,600 ou 1,700 millions de francs en capital, et produisait un revenu de -iü·à 50 millions de francs. Si l'on ajoute à ces chiffres le total des propriétés de l'État et celles de !'Assistance publique, on peut constater que la France, le pays par excellence de la propriété individuelle, n'en jouit pas moins d'im-

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