La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION DE LA PROPRIÉTÉ ET LE SOCIALISME 431 qui appartiennent à celui qui les met en valeur; enfin biens mégal, qui se rapprochent de la forme d'appropriation quiritaire. On sait qu'en Algérie la partie du sol connue sous le nom de terres arch est propriété collective, et dans les lieux où la nature du terrain les a contraints à individualiser la propriété de la terre, les Arabes corrigent cette forme par une étroite solidarité communale (1). Au Monténégro, dit Albert Toubeau, toute la propriété foncière est collective. La seule propriété individuelle permise est la propriété mobilière. Le sol ne peut devenir propriété individuelle; telle est la tradition, telle est la coutume, telle est la loi. Lor·· même que, par suite de mortalité, la famille se trouve réduite à une seule personne, cette personne ne possède pas le patrimoine familial comme individu, mais comme germe ou embryon de communauté. Si elle se marie et a des enfants, la propriété appat-tient de plein droit à la famille, et non au père. » Même les familles ne possèdent qu'en sous-ordre pour ainsi dire, les familles étant reliées entre elles par des fraternités (brastvo) qui elles-mêmes se fédèrent en tribus (plénié). On voit que bien qu'étant plus familiaux que ics Slaves du Nord, les Slaves méridionaux ne sont pas moins collectivistes. Il en est de même des Slaves occidentaux; à preuve cette touchante légende tcheco-polonaise : deux frères se disputaient un héritage, la nature en gémit, les oiseaux s'en. lamentèrent, et la reine Libissia dit aux contestants : << Frères, il faut vous accorder comme frères au sujet de votre héritage, et vous le conserverez en commun d'après les saintes traditions de notre ancien droit. Le père de famille gouverne la maison, les hommes cultivent la terre, les femmes font les vêtements. Si le chef de la maison meurt, tous les enfants conservent l'avoir en commun et élisent un nouveau chef qui, dans les grands jours, préside le conseil avec les autres pères de famille. >> Il y a là certainement l'idéalisation d'une tradition historique. La commune indienne est aussi une communauté calquée sur celle de la famille et basée sur la négation de la propriété privée ; une association libre de biens et de travaux, profitant à la chose publique, administrée par un chef au nom du souverain (2). D'après les mêmes auteurs, le sol du Japon est censé propriété nationale; les agriculteurs en sont possesseurs, moyennant une redevance sociale qui ne s'élève pas à moins de 30 0/0. (1) L. Metschikoff et L. Hugonet, articles publiés dans le Traoailleur (1871-1874). (2) Yves GUYOT et Sigismond LACROIX, Histot.re des prolétaires.

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