La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA RE\'UE SOCL\.LISTE La fortune, qui n'antit jamais été plus a,·cugle, les faYorisa en tout. Après s'être rendus maîtres de l'Italie, ils s'emparèrent de l'Hellénie, alors en plein travail de réorganisation démocratique et sociale; c'est m(,me cc qui hâta sa peete par suite de la trahison des classes dirigeantes. En effet, plutôt que de faire sa part à la démocratie dépossédée et debout pour la défense de l'indépendance et la com1uête d'une certaine égalité, les oligarchcs helléniques aimèrent mieux trahir les combattants de Scarphée et de Leucopétra et liner la patrie à l'envahisseur romain. ~mpiété monstrueuse qui tourna ~ontrc les traîtres eux-mêmes. Tels furent, en effet, les fruits de la civilisation romaine qu'un siècle après, sur cent lieux qui se décoraient du nom d'une ville, soixante-dix étaient devenus déserts ! C'était la paix romaine, la justification anticipée du mot terrible de Tacite : « Où ils font le désert ils disent qu'ils ont établi la paix. ,, Il en fut de même quand vint le toue de la Gaule, de l'Ibérie, de l'Asie ~Iineure et de l'Afrique occidentale. Partout le glaive du légionnaire apportait, avec le droit quiritaire, la dépopulation, la cruauté, des souffrances rnns nom, plongeant dans l'insondable iniquité de l'esclavage (1) et s'apothéosant dans la rouge vapeur de sang qui s'élevait pesamment des cirques en nuage.:; de malédiction et de mort. Malgré les fleuves de sang qui, av0c le triomphe de Rome, cimentèrent ses fondements, la propriété quiritaire ne put jamais pourtant évincer complètement la propriété collecti vc. Dans la Lusitanie, par exemple, la propriété collective ne fut détruite que par les Lati{un- (1) Un écrivain anglais, i\I. Blair, a soutenu qu'il existait trois escla,·cs pour un homme libre depuis la prise de Corinthe (14-!aY. J. -C) jusqu'à Alexan<lre :::;.:•vèr.e .\p1·ès la conquête de la Sardaigne, il s'était fait de telles razzias d'escla,·es <JU'unproYerbe disait:« A vil prix comme un Sarcle. " Nous verrons i\Iarius disposer de 90,000 Teutons et de 60,000 Cimbres; Lucullus faire un tel butin dans le Pont qu'un esclave s'y ,·enclait I drachme;; l3 fr. 50). César, sïl faut en croire Plutarque et .\ppien, entraine 1,000,000 de captifs ayant même d'avoir conquis définitivement les Gaules; Auguste ramène dèfiniti,·ement 14,000captifs dans une expédition dans les montagnes des Sa• la:s.ses, 97,000 Juifs réduits en servitude, etc., etc. C'est aussi le temps où le commerce d'esclaves inauguré par les pirates, pratiqué onsuite par les chevaliers eux-mêmes, est en pleine prospérité. L'ile de Delos en est le centre, marché si bien approvisionné qu'au dire de Stra· bou on pouvait en exporter chaque jour des myriades d'esclaves. (R. MEYER et G. ARD.\NT,loco citato). Est-il étonnant a,·ec un si abominable système que les Romains aient été le,; plus impitoyables clévoratcur.s d'hommes mentionnés par !'Histoire et qu'ils aient en quelques siècles stêrilisé et dépeuplé les pays méditerranéens, comme le leur reproche justement Edgar Quinet dans !'Esprit noui,eau.

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