La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION. DE LA PROPRIÉTE ET LE SOCIALISME 425. A Tifrente, pouvait dire encore Aristote (1), les propriétés sont regardées comme communes avec les pauvres pour leur usage, ce qiti et 1·endu le peuple fort affectionné à son gouvel·nement . Les Cnidiens et les Rhodiens, qui colonisèrent les îles Lipari au nord de la Sicile, y établieent la communauté des terres, en soiivenir des o,nciennes institutions. Prédominant était aussi le collectiYisme agraire avant l'entrée en scène du peuple rapace et dur que Voltaire a si bien caractérisé pat· cette définition : « Les Romains, ces illustres voleurs de grand « chemin. » « Les municipes italiques antérieurs aux Romains, avance unjmisconsulte italien nullement socialiste, l'ager publicus, était le pivot de la vie économique. Et le sol n'en était pas moins fertile pour cela ni l'agriculture moins florissante, car on pouvait, par l'amphythéose ou autrement, mettre la culture dans de bonnes conditions (2). En Ibérie, les Vaccéens partageaient leUl's tei-res chaque année, et César nous apprend que dans les Gaules le sentiment de l'égalité était si développé que les clans faisaient tous les ans un nouveau partage de terre. Quant aux Germains, les textes sont plus précis : (( Il n'y a pas chez les Suèves, <litCésar (3), de terres en propre, de champs limités, et il n'est pas permis de rester plus d'un an sur le même sol. >> Et plus loin : (( Personne (chez les Germains) ne possède une étendue de terre déterminée; personne n'a de limites qui lui soient propres. >> Tacite, dans sa fameuse apologie des Germains, confirme les observations de César, notamment dans ce passage : <( Chaque tribu en masse occupe tour à tour la terre qu'elle peut cultiver et la partage suivant les rangs; ils changent de terre tous les ans et n'en manquent jamais. » Dans l'Europe centrale et septentrionale, comme dans l'Hellénie et dans la péninsule italique, d'importants vestiges des anciennes institutions agraires subsistèrent sous la forme des Tetéogs celtiques, des Marlœn germaniques, des Wuldetlid et Fraudalid scan-. dinaves, des Falkland saxons, de l'A9e1· publicus italique (4). (1) ARISTOTE, Politique, VI, 3. (2) Pietro ELLERO, Rif orma civile. (3) Commentaires sur la guerre des Gaules, IV, 1, et VI, 22. (4) L'Ager publicus fut systématiquement volé par le patriciat romain; les protestations agraires de Spurrius Cassius, de Maçilius, de Géniucius, de Dentatus, de Mélius, de Saturninus, d'Apullianus et des magnanimes Gracches n'eurent pas une autre origine; mais, cornme trop souvent dans l'histoire, force resta aux voleurs. « Ce qui restait de I'Ager publicus, auquel venaient s'ajouter dans la pro- !!8

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