L'É\"OLUTION DE LA PROPRIÉTÉ ET LE SOCIALISME 423 donne des aperçus très fouillés sur ce qu'il appelle très exactement la propriété f wniliale. « Cette sorte de propriété, dit-il, a été pratiquée par beaucoup de « peuples anciens, et elle a tenu une grande place dans leur droit << et dans leurs mœurs. On la reconnaît aux trois signes suivants : « 1° elle est héréditaire; 2° le testament est interdit, par cette raison « qu'on n'admet pas que l'individu vivant puisse dépouiller la fa- « mille à venir; 3° les femmes n'héritent pas, par la raison que, si et elles avaient une part des biens, cette part passerait, par leur « mariage, dans une autre maison et serait ainsi distraite de la « famille à laquelle ces biens doivent appartenir. Ces trois traits « caractéristiques se rencontrent partout où la propriété familiale a « été pratiquée. On les trouve dans l'ancien droit hindou, dans le « droit attique avant Solon, dans le droit de Sparte, avant la réforme « d'Epitadée, dans le vieux droit de Rome avant les Douzes tables. « On les saisit encore aujourd'hui, chez certaines sociétés qui sont « restées dans l'état ancien. , Dans l'Hellénie plus spécialement étudiée par Fustel de Coulange, chaque famille avait son foyer et ses ancêtres, elle avait surtout ses Dieux à elle. Chaque foyer était un autel, sur cet autel il devait y avoir toujours un peu de cendres et des charbons qui ne s'éteignaient jamais. Ce feu était quelque chose de divin; on l'adorait, on lui rendait un véritable culte, on réclamait sa protection, on lui offrait des sacrifices. Le feu sacré avait pour caractère essentiel d'appartenir en propre à chaque famille. Le culte, les rites, les libations, les prières n'avaient rien de public ni rien de commun ; toutes les cérémonies s'accomplissaient dans l'enceinte de la maison, au milieu de la famille seule, dont le chef était le settl pontife, et ne pouvait enseigner et transmettre cette religion domestique qu'à son fils, car elle ne se propageait que de màle en mâle. La fille avait part au culte de son père ; mais une fois mariée, le foyer paternel cesse d'être son Dieu, elle ne peut plus invoquer que celui de son mari (1). « La propriété, développe l'auteur de la Oité antique, était tellement inhérente à la religion domestique, qu'une famille ne pouvait pas plus renoncer à l'une qu'à l'autre. La maison et le champ étaient comme incorporés à elle, et elle ne pouvait ni les perdre, ni s'en dessaisir. 1 « Platon, dans son traité des Lois ne prétendait pas avancer une nouveauté quand il défendait au propriétaire de vendre son champ, il ne faisait que rappeler une vieille loi. Tout" porte à croire que dans l'ancien temps, la propriété était inaliénable. Il est assez connu (i) COMTE DE ROQUEFEUIL, La dioision de la p,·opriété dans l'Association catholique".
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