LE PROTESTANTISME ET LA QUEHION SOCIALE 41!) fait de l'antagonisme violent des intérêts. Il faut aussi, en même temps que les âmes, modifier la structure économique de la société. Les socialistes négligent le fait du péché; c'est leur tort. Ils ne voient bien qu'une face de la question, la nécessité de transformer l'organisme social. Leur idéal est celui qu'a prêché le Christ : chacun payé en proportion directe de son travail utile; pins d'oppresseurs ni d'opprimés; la solidarité, au lieu de la guerre; plus de classes en lutte. Pour réaliser de telles aspirations, M. Trial repoussant énergiquement le socialisme révolutionnaire, compte beaucoup sur la régénération morale à laquelle il nous convie chaudement et sur une politique <leprogrès pacifique, mais hardi et généreux. En arrivant au terme de cette revue un peu longue, nos lecteurs éprouveront sans doute comme nous une impression d'étonnement, de satisfaction. Peu d'entre eux auraient cru rencontrer au sein d'une religion si bourgeoise naguère l'expression de doctrines chères aux socialistes avancés et que l'on peut grouper sous deux chefs : 1° La distribution des richesses se fait souvent d'une façon injuste. Les plaintes des classes pauvre sont légitimes. Le problème social existe; 2° Nécessité urgente de résoudre ce problème redoutable tant par l'initiative privée que pa1· l'lnlervention de l'État. Ce npuvel état d'esprit d'une fraction notable du protestantisme n'est pas un phénomène isolé : ce n'est qu'un cas particulier· de ce socialiasmc bourgeois si répandu aujourd'hui et qui a gagné promptement comme une espèce d'épidémie morale. Les classes possédantes sentent leur consciencr: troublée et trouble; la fange des hontes passées leur remonte aux lèvres. Elles éprouvent l'âcreté d'un remords et peut-être un frisson de peur. Leurs éléments jeunes, sains, studieux, sont emportés d'un élan passionné vers la réformation de tant de sanglantes inégalités. C'est cc que constate M. E. de Vogüé, dans une charmante étude sur la jeunesse contemporaine adressée à ceux qui ont vingt ans : « A défaut d'opinions politiques, (< on voit poindre chez les plus réfléchis une autre préoccupation; « ils commencent à s'inquiéter des problèmes sociaux, souci bien « nouveau pour la première jeunesse ... c·est le trait caractéristique « du moment, cette métamorphose universelle des vieilles passions « politiques ou aspiratrices pour les réformes sociales ... Quand ils « rêvent d'avenir sut' la montagne des Ecoles, quand ils choisissent « <lelà-haut le point du ciel où tendra leur essor, ils ne convoitent « plus uniquement, comme leurs aînés, le Paris bruyant et frivole « des journaux, des théâtres, des Assemblées; ils regardent par delà « vers les grands faubourgs énigmatiques et silencieux, vers le monde
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