La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

414 LA REVUE SOCIALISTE pas d'élever jusqu'à une sorte de demi-aisance égoïste quelques ouvriers favorisés. Ce serait, d'après la pensée que nous analysons, un moyen de transformer progressivement la société, de supprimer le patronat, d'émanciper la classe ouvrière et de réaliser cette République coopérative qu'a prophétisée i\I. Gide et qui ne se distingue guère du collectivisme. - A ce sujet, les objections pourraient être nombreuses: Nous nous contenterons de celle-ci: Croyez-vous que les exploités de la glèbe, de l'usine et du comptoir puissent, économiser beaucoup sur leurs salaires, qui pour la majorité d'entre eux sont des salaires d'inanition? Pourront-ils racheter les 228 milliards, qui constituent, d'après M. Fournier de Plaix, l'ensemble des richesses possédées individuellement en France (1)? M. de Foville (2J réduit ce chiffre à 200 milliards; M. Élisée Reclus l'élève à 500 milliards, i\I. Sciama, ingénieur, à 600 milliards. Prenons une moyenne et évaluons entre 225 et 250 milliards l'ensemble de ces richesses. - On peut considérer que le tiers au maximum est possédé par l'ensemble des petits propriétaires, petits industriels, petits négociants, c'est-à-dire par cette catégorie de travailleurs qui met soi-même en valeur son propre capital. Il resterait donc de 105 à 170 milliards mis en valeur par des salariés et que ces derniers auraient à racheter par la coopération : - D'autre part, sur le revenu total de la France qui est entre 27 et 28 milliards par an (Fournier de Plaix), l'ensemble des salaires nous paraît être au maximum de 10 milliards (3). - Si nous admettons l'hypothèse suivante : que tous les salariés constitueront une vaste société coopérative de production,qu'ils ne dépenseront plus un sou pour leur vie, que par conséquent les 10 milliards de salaires seront capitalisés en totalité; il faudrait encore (en comptant les intérêts composés) douze à treize années de cette abstinence fantastique pour arriver au but - sans compter la loi des salai1·es, la loi d'airain de kassalle, et mille autres impossibilités qui sautent aux yeux et qui nécessiteraient une longue étude. - Aussi pourrons-nous conclure : Sans l'intervention des pouvoirs publics, votre République coopérative ne sera qu'un rêve décevant. ~lais revenons à notre exposé, et laissons de côté toute discussion critique. - M. de Boyve démontre ensuite « comment la coopération « est une application des principes chrétiens. » Il s'agit, bien entendu, du christianisme véritable, primitif. - Faites un pas de plus, soyez conséquent avec vous-même, et sans grande hardiesse il vous (1) Fou11Nrn1t DE F1...\1N, Naucelle Recue, 15 novembre 1889. (2) Di-: Fon1..1..1•:, La France économique, 1889, p. 515. (3J 11 serait trop long d'énumérer ici les calculs et les raisonnements qui nous 0nt pcmlis Je fi~e1· ces chiffres. Nous nous sommes fondés sur les Jon11i)csles plus récentes et les moins fa\·orablcs à notre thesc.

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