LE PROTESTANTISME ET LA QUESTION SOCIALE 415 sera facile de prouver que le communisme complet est la véritable doctrine sociale du christianisme. Avant d'entreprendre la démçmstration de cette idée, le chef éminent des coopérateurs nîmois reconnaît hautement que la rupture qui se fait chaque jour entre la religion et les classes ouvrières est presque justifiée par la conduite de ceux qui se disent chrétiens. <( Pour les prolétaires, la religion est une institution sacerdotale, « despotique, prête à sanctionner toutes les iniquités ; ils lui sont « hostiles parce qu'ils n'aiment pas les classes dirigeantes qui ont << pris la religion sous leur protection. Que de fois ils ont entendu <( dire par celles-ci que la religion est un bon gendarme ! Que de « fois .... ils ont observé que la vie de ceux qui fréquentaient le culte « était peu en rapport avec les principes qu'ils affichaient, et que « beaucoup étaient chrétiens par habitude, par genre, et parfois les (< plus orthodoxes hélas! par conservatisme. » Il cite ensuite en les approuvant les paroles suivantes de Charles Kingsley « le plus dévoué des socialistes chrétiens anglais » : (< Nous avons fait de la « Bible un règlement de police, nous nous en sommes servis pour « endormir les bêtes de somme qui étaient surchargées, nous en « avons fait un livre pour calmer les colères des pauvres .... Nous « vous avons dit que la Bible vous conseillait la patience, sans vous « dire aussi qu'elle promettait la liberté. Nous vous avons signalé « beaucoup de versets condamnant les péchés des pauvres, mais fort « peu condamnant ceux des riches.... Pour un sermon rappelant « aux riches leurs devoirs, nous vous en avons adressé mille! (1).... » Voilà des aveux précieux : Mais soyons justes et impartiaux et terminons par les paroles suivantes qui résument admirablement le débat : « De protectrice des faibles et des opprimés qu'elle était à « son origine, l'Église catholique- comme toutes les aiifres Églises, « - est maintenant la sauvegarde des forts et des oppresseurs. (2) » La troisième pièce du recueil est une remarquable conférence de M. Francis de Pressensé sur la transformation des idées écono- ~üques en Angleterre et en Allemagne. Le récit de la grande grève de Londres sert de préambule ; ça été « un des assauts les plus éner- « giques qui aient été livrés à la citadelle de l'organisation sociale « contemporaine. » - L'esprit d'abnégation et de solidarité de cette plèbe dolente qui peuple l'East-End de Londres, l'habileté politique, le talent d'organisation de simples ouvriers manuels, John Burns et Benjamin Tillett, les glorieux capitaines de cette victoire d'avantgarde, ont frappé d'étonnement et d'admiration les gens de cœur de (1) Travaux du congrès protestant, p. 96 et 97. (2) Journal le Peuple de Bruxelles, le 3 octobre 1889, cité par M. de _Boyve.
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