La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE PROTESH.NTISME ET LA QUESTIOK SOCIALE 413 que bien des collectivistes approuvent : « L'égalité des droits est une condition de lu liberté; elle la précède. L'égalité clans la 7Jlénitucle clu cléveloppemenl est une conséc1uencc de la liberté. Elle la suit. L'une et l'autre peuvent s'appeler d'un seul mot: l'Égalité dans la liberté (1). >) Et plus loin, Spencer écrit : « l'individu contre l'État; pourquoi n'écrirait-on pas: l'l~tat au service de l'individu (2). » En ce qui concerne les idées les plus générales, des nuances seules nous séparent de M. Fallot, qui s'est effarouché, croyons-nous, de quelques mots rébarbatifs et des affirmations étroites d'un égalitarisme outré. Très intéressant aussi le rapport de l\I. de Boyvc sur la coopération au point de vue chrétien. Écrites simplement, d'un ton pénétrant et ému, on sent passer à travers ces pages un souffle de fraternité et d'humanité. - Le prolétariat s'organise; il commence à s'entendre et à se solidariser : les deux congrés socialistes internationaux de Paris, la grande grève de Londres, victorieuse par la discipline et par le refus des ouvriers belges d'entrer en concurrence avec leurs camarades, prouvent que les travailleurs du monde entict· commencent à unir leurs efforts. Unis, ils feront triompher leurs re• vendications: « Nous demandons à jouir des fruits de notre travail: nous voulons que chaque homme puisse développer librement toutes ses facultés, sinon la révolution est inévitable (3)... » cc Quel est le capitaliste qui voudrait voir sa fille de quatorze 6u « quinze ans travailler dans un atelier? .... Le capitaliste peut toucc jours élever ses enfants, le pauvre ne le peut pas! Le capitaliste « est tout, le travailleur n'est rien. » Et plus loin: cc L'ouvrier se cc plaint : -1 ° de ne pas recevoir une part équitable des bénéfices de « son travail ; 2° il est choqué de la trop grande inégalité des for- (( tunes et de voir les uns embarrassés du superflu et les autres manc, quant du nécessaire; 3° il se plaint de l'état industriel qui met en cc guerre classe contre classe, industriels contre industriels, ouvriers « contre ouvriers. » Plus loin encore: « D'ailleurs, ce que demandent les déshérités de « ce monde ce n'est pas la charité, mais la justice (4). » Le sympathique écrivain reconnaît donc qu'il existe une question sociale. Comment la résoudre? Par la coopération. « Les coopérateurs et les socialistes les plus avancés poursuivent « le même but ; mais les uns veulent l'atteindre par des réformes cc successives et en édifiant, les autres par des coups de force et en « détruisant. >> Le but de la coopération ~insi entendue n'est donc (1) T,·aoauœ du congrès protestant, p. 61. (2) Ibid. p. 69. (3) Ibid. p. 9l. (4) Ibid. p. 94, 92 et 93.

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