La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA PROTECTION DU TRAVAIL Mais dès que la nouvelle journée atteint la productivité antérieure, il'bénéficie: 1 ° du profit habituel retiré d'une masse de main-d'œuvre plus considérable; i 0 de l'accroissement de la production déterminée par l'~ccroissement de la consommation; 3° du maximum de rendement des machines. Avec la diminution de la journée, en effet, le rendement de la machine atteint son maximum. Une machine produit plus si elle est servie par trois équipes de 8 heures que par deux équipes de 12 heures. Toutes ces conséquences, engendrées par la réduction du temps de travail et l'augmentation des salaires, expliquent comment cc qui, à première vue, semblerait devoir être un ensemble de charges onéreuses pour la produdion d'un pays, constitue au contraire un ensemble de conditions excellentes, de nature à lui permettre de braver la concurrence étrangère et de battre sur leur propre marché les industries <les pays à bas salaires. Dans ces derniers, on gaspille la force de travail, on ne l'utilise pas; tandis que dans les pays de hauts salaires, tels quel' Angleterre et les États-Unis, on la cultive et on la développe sans cesse. Un fonctionnaire américain, publiciste éclairé, a bien mis en lumière la corrélation étroite que nous venons d'analyser entre le temps de travail réduit, les hauts salaires et le bon marché des produits. Le 11 janvier 1888, M. Schœnoff, c'est le nom de ce fonctionnaire, adressait à M. Bayard, secrétaire d'État à vVashington, un rapport détaillé sur les salaires comparés dans les divers pays, et voici les conclusions auxquelles il a abouti, après une longue et minutieusf\ enquête faite sur place, s'étendant à de nombreuses industries ayant toutes le même outillage : << Le bon marché des produits est en raison directe des salaires, » conclue-t-il. Plus les salaires sont élevés, plus les produits sont à bon marché. Pour le tissage, par exemple, les mêmes machines sont mnployées en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique. En comparant les salaires et les prix de revient par 100 yards de tissus, sur même machine, on obtient le résultat suivant : en Suisse et en Allemagne, le salaire quotidien de l'ouvrier est payé de 2 fr. 20 à 2 fr. 50, pour une journée de 11 heures, et les 100 yards reviennent à 30 centimes. En Angletnre, le salaire s'élève à 3 fr. 25, avec une journée d'un peu plus de 9 heures, et les 100 yards ne reviennent plus qu'à 25 centimes et demi. Aux États-Unis, le même ouvrier travaille 10 heures, gagne dei à 5 fr. 65 et le prix, des 100 yards tombe à 20 centimes. M. SchoenoIT cite dans son rapport officiel une foule d'études semblables; toujours il est arrivé au même résultat. • Il doit d'ailleurs en être ainsi; si les hauts salaires obéraient la

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