406 LA HE\'UE SOCIALISTE de santé. S'il est surmené par les longues séances d'un labeur ininterrompu, il ne peut apporter dans son travail l'énergie alerte, l'activité intelligente et soutenue de celui qui, travaillant un nombre d'heures moindre, jouit par cela même de facultés physiques et intellectuelles plus vivaces. On peut allonger indéflnim nt la journée, on n'accroîtra par la somme totale de travail. Le fait a d'ailleurs été reconnu par maints patrons, et M. Leroy-Beaulieu cite lui-même le nom d'un grand industriel belge qui a observé que les semaines dans lesquelles il y avait un ou deux jours de fête, la prnduction totale était la même que celle des semaines de six jours de trarnil. La réduction de la journée à huit heures n'aurait donc pas pour conséquence de diminuer la production générnle. Cependant l'entrainement de l'ouvrier dans une nouvelle méthode de travail ne s'opère pas du jour au lendemain, et il est exact qu'au début de toute réduction il se produit un léger déficit de productivité nécessitant l'emploi de nouYeaux hras. Alors survient toute une série de conséquences s'engendrant les unes les autres, dont le résultat, en dernière analyse, est de satisfaire tout le monde. La journée réduite, la demande de tra,·ail qu'elle prornque de toutes parts permet aux ouvriers d'accroître leurs exigences et de réclamer ùes augmentations de salaires que les patrons ne peuYent refuser, pat·ce que l'armée de réserve du travail ne pèse plus de sa concurrence sur leurs menaces de grèves. - Les ouvriers anglais ont toujours procédé ainsi, et l'histoire des salaires en Angleterre présente une succession d'événements invariables. Les ouvriers réclament d'abord une diminution de la joumée, puis, dès que la diminution est obtenue, grève pour l'augmentation des salaires. Mais, va-t-on s'écrier, que devient l'industrie, au milieu de ces revendications plus exigeantes, à mesure qu'on les satisfait? L'industrie y trouve son compte, et le capitaliste aussi. La production n'est qu'une des faces du phénomène de la vie éc.:onomique, dont la consommation est le terme opposé. La réduction des heures de travail, en supprimant la lamentable arn1ée du chùmage, ouvre à la production un débouché imméJiat. Ces gens qui consommaient peu ou point, se remettent à consommer; en même temps, la productivité ouvrière ne tarde pas à redevenir ce qu'elle était avant. Un accroissement de production succède donc à h dépression momentanée dont le point de départ avait été la diminution de la journée, et la production tend à se maintenir au nouveau niveau, stimulée qu'elle est par le développement des forces de consommation, qu'ont accrues l'adjonction des nouveaux consommateurs et l'augmentation des salaires. Le capitaliste profite de cet exhaussement général. Au début de la réduction, il a dû, il est vrai, payer le travail plus cher, par suite du déficit de la productivité. ,
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