LA PROTECTION DU TRAVAIL 405 des salaires. Pour l'instant, il nous suffir a de constater que la productivité ouvrière ne se mesure pas au t emps de travail. Cette constatation, au reste, a été faite d epuis longtemps. N'estce pas un fait d'obsel'vation à la portée de tout le monde que la force musculaire ùe l'homme est limitée à une moyenne d'efforts qu'il ne saurait prolonger indéfiniment sans q11e cette moyenne diminuât au point de tomber à zéro. On peut bien dans une circonstance exceptionnelle obtenir d'un ou vrier une continuité d'efforts très longue, mais cette continuité ne peut se prolonger sans diminuer l'intensité générale, et pal'tant la s0mme flnale de travail. L'ouvrier traYaillant douze heures répa rtit son eITort sue chaque heure de travail; s'il fravaille quatorze heures, la répartition n'est plus la même, l'intcn:ité moyenne par heu re a diminué, et le nombre d'heui-es supérieul', ou la continuité pro longée <le l'effort, a dépensé en pure perte la force musculaire mal utilisée. Qu"on interroge les ouvriers eux-mêmes et r1u'on leur demande s'ils travaillent aussi l'apidement les deux ou trois dernièl'CS heures de l'après-midi que pendant la matinée (sa uf, bien entendu, dans des cas fortuits); ils seront unanimes à déclarer qu'il y a une différence d'intensité entre les premières heures de labeur et les dernières. Dans le 1\Iiùi, les petits cultivateul's, qui n 'ont recours qu'accidentellement à la main-d'œuvre étrangère, organi,.,ent le dimanche des matinées de travail, et ces matinées sont payées plus cher que les demi-journées ordinaires, parce que le lab eur exécuté est plus considérable. Tout ounier français travaillant en An gleterre ou aux ÉtatsUnis est frappé de la rapidité avec laqu elle on travaille dans ces deux pays. Tous ceux que j'ai vus et avec lesquels je me suis entretenu à ce sujet m'ont affirmé que la productivité de l'ouv1·ie1·anglais est plus grande que celle de nos ouvriers. cc Ils ont, me disait encore, il y a deux jours, un ancien proscrit de la Commune, qui est un des meilleurs ouvriers de sa corpo1·ation, un système de travail méthe>- diquc et d'une lenteur apparente qui ferait croire, au premier abord, qu'ils débitent moins d'ouvrage q ue nous; mais la régularité des mouvements et la sûreté de main sont telles qu'on est tout surpris de se voir dépassé. » Les économistes, avec leur bonne foi ordinaire, invoquent le climat, la race, que sais-je? mille causes étrangères. Or on peut observer le mê me fait en France sur les ouvriers de Paris et ceux des département s. L'ouvrier parisien produit plus que l'ouvril-'r de province, parce q ue la journée de Paris est1 en général, plus courte que la journée de province. L'homme n'est pas une ma.chine; même r éduit à l'état de servant de la machine, sa productivité exige certa ine combinaison de mouvements, dont la régularité précise dépen d de son état de repos et
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