La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA PROTECTION DU TRAVAIL tion existante - tandis que les seconds n'y voient qu'un acherninement vers l'cxpl'Opriation capitaliste. Cette part de profits arrachée au patronat n'est encore à leurs yeux qu'une faible compensation des avantages de toute nature qu'assure aux capitalistes la propriété <les instruments de travail. Entre ces <lcux opinions extrêmes se tiennent les partisans modérés de la réglementation; ceux qui voient en elle une mesure bienfaisante d'apaisement entre les deux classes et 11uiexhortent le capitaliste à faire les sacriûces nécessaires pour la réaliser. Quelles que soit donc la façon dont les uns et les autres l'envisagent, tout le monde s'accorde à reconnaître que la protection aura pour ré ultnt de ralentir la productivité générale et de rogner les proûts capiLalistcs - cc qui, dans l'ordre actuel, revient à dire qu'elle entraverait le développement industriel du p.1ys qui l'applic1uerait. Au contraire, notre opinion est que la réduction du temps de travail de la femme, de l'enfant ou de l'ouvrier adulte augmenterait, en dernière fin, la somme générale de la production; qu'elle provoquerait une hausse relative et absolue des salaires ouvriers, en même temps qu'elle accroîtrait les proûts des capitalistes; que, dè • lors, les mesures internationales réclamées pour permettre de modiûer dans cc :;ens les conditions de travail actuelles sont inuLiles, le pays qui réduira la journée de ses ouvriers n'ayant pas, de ce fait, à redouter la concurrence étrangère. Si les longues journées de travail devaient assurer la prépondérance économique des pays où elles sont en usage, l'Angleterre et les États-Unis Yiendraient au dernier rang des na1ions intlustt·ielles du monde. L'Italie, l' Epagne et la Turquie seraient douées d'une puissance de production maxima, car, dans ces contrées, l'ouvrier travaille beaucoup plus longuement que l'ouvrier de Londres ou de New-York. On sait cependant qu'il n'en est rien. L'Angleterre, a,·ec ses courtes journées de 9 heures, tient en Europ~ la tête du développement économique, et les pe..iples dont l'exploitation abusive du travail n'est pas réfrénée par une sage législation, viennent en queue, battus par la production obtenue au moyen d'un temps de travail minimum. Le développement économique n'est donc pas subordonné aux longues journées, ainsi que le prétendent les économiste3, et s'il y a une corrélation étroiLc en tee le temps de travail et la productivité, l'étude de cette corrélation montre que la· productivité d'une courte journée peut égaler et même surpasser celle d'une Journée exténuante de 12 ou H heures. Les faits typiques abondent. En voici un que je tiens de feu M. Godin, le fondateur du Familistère de Guise :

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