LA PROTECTION DU TRAVAIL 401 j'extrais des procès-verbaux de la commission départementale supérieure de la Seine de 1880: « Les industPiels occupant des enfants âgés de moins de douze ans, ont été invités (sic) à les renvoyer. » Le rapport d'un inspecteur de 1885 raconte qu'il a trouvé chez un industriel cinquante livrets d'enfants, remis par une mairie. Le patron les rempli.ssait à sa fantaisie, au fur et à mesure de ses be- . soins. Et c'est à Paris que ces faits $e passent; dans la ville de France où le service d'inspection est le mieux organisé! Qu'on juge un peu ce qui doit se passer en province. M. Eugène Tallon, dans le livre précité, avoue que sur 12,000 contraventions constatées dans un an, on a dressé soi.:cante-qiwfre procès-verbaux. Et veut-on savoir comment la magistrature accueille ces procès-verbaux? En 1885, sur soixante-quinze procès-verbaux dressés par les inspecteurs à des patrons récidivistes, 25 condamnations seulement ont été prononcées. J'ai calculé, en-1886, dans la Revue socialiste, sur des documents officiels indiscutables, le prix de revient annuel d'un jugement condamnant les patrons qui emploient des enfants 15, 16 et 18 heures par jour, au mépris de la loi. Cela revient à soixante-quinze centimes d'amende. Dans un rapport de M. Paris au Sénat, il est constaté que dans tous nos centres industriels la moyenne de la durée du travail pour les femmes et des enfants s'élève à quinze et dix-huit heures par jour. Comment la loi de 1874 pourrait-elle être appliquée, d'ailleurs? Partout les industriels s'évertuent à tourner ses dispositions et la commission supérieure du travail, composée de sénateurs et de députés, siégeant au ministère du commerce, approuve sans un mot de protestation les infractions les plus monstrueuses. En veut-on un exemple? << Les rapports des inspecteurs divisionnaires, dit le rapport de la commission supérieu1·e de 1885, ne présentent en général aucune obsetvation nouvelle de natu1·e à être notée. » Il s'agit du travail des enfants au fond de la mine. Or, le rapport constate que malgré le règlement du 12 mai 1875, dans certaines mines peu importantes « les ouvriers forment encore en général deux é11uipeset que la durée du travail des enfants se trouve ainsi forcément dépassée » (en d'autres termes, purtée à 12 heures). « Nous espérons, concluet-il, que des efforts sérieux seront faits par les chefs d'exploitation pour assurer la stricte exécution de la loi de 1874. '> Voici maintenant, d'ap1·ès le rapport de 1882, à quel genre de labeur fait allusion le rapporteur de 1885, tout en disant qu'il n'y a rien de digne d'ètre noté, cette année-là, dans les rappports des inspecteurs: c Ces mines, peu importantes, avaient des galeries trop basses pour permettre le transport du charbon par wagonnets.
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