400 L.\ HEVUE SOCIALISTE dix-sept ans, il était temps de penser à appli<iuer la loi. 1Iais le projet ne sortit jamais du sein de la commission à laquelle on l'avait confié. On voit que la paresse des commissions parlementaires ne date pns de la troisième République. Neuf ans après, en .l867, Forcade de la Roquette reprit l'idée de 18fi8, qu'il compl<'·taen étendant les dispositions protectrices de son projet au travail des femmes. Le Conseil cl'ttat chargé de l'examen du pro,;et mit trois ans à l'étudier, de sorte qu'il arriva au Corps législatif sous le ministère Plichon, le 28 juin 1870, à la veille de la guerre. Les désastres militaires et la chute <lel'Empire ajournèrent encore la question jusqu'à 187.l, date à laquelle M. Ambroise Joubert reprit en son nom le projet du ministère Plichon. C'est ce projet qui, remanié, est devenu la loi du 19 mai 187(t. Ainsi, tandis que les Anglais votaient tous les ans de nouveaux bills sur la matière, on mettait trente-trois ans à refaire une loi incomplète que les pouvoirs publics n'avaient jamais appliquée! Si du moins en 187q on avait résolu la question! Le projet primitif exhumé des cartons du Corps législatif portait: « Loi sur le travail des enfants et des femmes employés dans l'industrie. 11 A cette pensée de réglementer le travail des femmes, l'Assemblée nationale sursauta. << Malgré des considérations inspirées par <lesmotifs de raison et d'humanité, raconte M. Talion dans son livre: Vie m01·ale el intellectuelle des ouuriel's, nous eûmes lieu de nous apercevoir dès la première di::;cussion que nos propositions sur la protection des femmes paraissaient excessives. Elles étonnaient les meilleurs esprits et rencontraient d'opiniâtres résistances. » l\falgré les efforts de \Volovski, la protection du travail des femmes fut repoussée et la loi se borna à élever à. douze ans l'â~e d'entrée des enfants dans les ateliers. Etant donnée la résistance opiniâtre que la loi <le 180l avait rencontrée chez les industriels, on devait inscrire dans la loi nouvelle des pénalités sévères contre les délinquants, et organiser un service <l'inspection rigoureux. Mais, depuis quarante ans, les docdoctrines du laissez-faire ont envahi les sphères gouvernementales et la loi <le1874.n'n. pu produire que des effets dérisoires. D'une part, les pénalités sont trop douces; de l'autre le service de l'inspection est mal organisé, et quand un inspecteur dresse contravention, les juges se refusent systématiquement à appliquer la loi. On aura une idée de la façon dont la loi de 1874 a été exécutée par ce fait: que la ville de Paris est celle où l'initiative du conseil général a le plus fait pour la protection efficace du travail. Or à Paris même, la loi n'a commencé à être appliquée qu'en 1879, c'està-dire cinq ans après sa promulgation, et l'administration demandait aux patrons le respect de la loi dans les termes suivants, que
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