La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA PROTECTIO DU TRA VAIL 39ï tions. Ceci nous permettra de compléter cette étude comparati,·e de réglementation. Le service de l'inspection a été, en Angleterre, l'auxiliaire le plus utile à la classe ouvrière pour étendre la législation du travail. Pendant plus de cinquante ans, les inspecteurs anglais ont, non seulement poursuivi et dénoncé avec une énergie inratigable les violations des lois de fabrique, mais ils ont encore éloquemment signalé les abus d'exploitation commis en général par le patronat, et c'est sur leurs indications que le Parlement a pu compléter progressivement sa réglementation du travail. L'Angleterre ouvrière devra une éternelle reconnaissance aux Baker, Léonard IIorner, Redgraves, etc., qui ont poursuivi a,·ec une constance que rien ne rebutait, les mille manœuvres à l'aide desquelles les patl'ons tournaient la loi. Leurs rapports sont des mines de renseignements précieux où sont montrés les lacunes et les oublis du législateur. Mais il faut dire que la loi les arme d'un pouvoir qui efîray0rait singuliè· rement nos libéraux français. Ainsi, ils peuvent « par toute voie de droit qui leur parait la meilleure » dit l'act de 1 78, rechercher la vérité en interrogeant qui bon leur semble, à l'extérieur comme à l'intérieur des usines. Les amendes infligées sont importantes, et quand, comme en France, les inspecteurs se trouvent en présence de juges indulgents, ces inspecteurs protestent avec bl. dernière énergie contrn l'impunité assmée aux délinquants. Pour donner aux Français une idée de l'indépendance et du courage déployés par ces fonctionnaires dans leur difficile mission, nous citeron le fait uivant : A Stockport, l'inspecteur Howel dresse procès-verbal à un industriel. Les juges l'acquittent, malgré l'évidence du délit. L'inspecteur, dans son rapport, signale la sentence dans ces termes : «. Ce gen1'ede {ci1·ccsjuridiques exige qu'on y mette bon ord1·e... Ou bien accommodez la loi à ces sortes de jugement, ou bien confiez-la à un tribunal moins sujet à faillir. >> En Suisse, le service de l'inspection est bien organisé et consciencieusement fait. Aussi la loi n'y est pas un vain mot. Les inspecteurs signalent cependant des abus nombreux, car les patrons sont là, comme partout, réfractaii·es à l'idée d'être placés sous la surveillance de l'État et de ne pouvoir exploiter la classe ouvrière en toute liberté et sécurité. L'énergie avec laquelle les inspecteurs suisses du travail dénoncent les lacunes et les violations de la loi est une garantie de la fermeté avec laquelle ils remplissent leur mission. Dans le reste de l'Eui·ope, au contraire, le service de l'inspection est insuffisant. En Allemagne, par exemple, où l'idée de la réglementation du travail ne soulève pas les récriminations qu'elle provoque en France, il résulte d'une discussion ouverte au Landtag prussien, sur cette question, que sur 3,702 établissements, l'inspec-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==