La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

39'1 LA REYUE SOCL\LISTE IV Si les sophismes d'une économie rétrograde figée dans des formules vieilles d'un siècle ont pu arrêter certains États dans la voie féconde de la réglementation du travail, il est des nations qui ont rompu hardiment avec les paradoxes de l'école. L'exemple de ces pays ne peut manqun cl'aYoir tùt ou tard une grande influence sur les décisions uliérieures des gouvernements moins hardis, d'autant plus que, comme l'Angleterre, ce sont des pays de liberté politique. Si nos gouvernants écoutaient un peu moins les histoires à dormir debout que les ét:onomistes leur ressassent depuis quarante ans et s'ils regar<laient un peu ce qui se passe dehors, ils verraient qu'un régime de liberté polititrue n'est nullement incompatihlc, commeils le croient, avec une réglementation sévère du travail des enfants, des femmes et <lesadultes. Deux républilrues ont, en effet, élaboré depuis peu, une importante législation à cc sujet: ce sont la Suisse et l'Amérique. L'examen de la législation américaine nous entraînerait trop loin, chaque État ayant sa législation propre, qui se modifie tous les ans. En revanche, il est intéressant de rapprocher la législation suisse de celle de l'Angleterre. On verra que ce petit pays n'a pa reculé, du premier coup, devant la solution extrême du problème. En Suis:-e, le travail est régi par la loi du 27 mai 1877 et la réglementation s·étend à la du1·ée, aux conditions d'hygiène, la sc'·curité du travail, à la construction des ateliers, aux règlements patronaux, au trnvail de nuit, etc. Les disposition<, concernant les règlements d'ateliers sont surtout remarquables pour l'objet qui nous préoccupe ici, celui de montrer par l'exemple d'un pays libre, l'inanité du préjugé libéral dont sont hantés nos gouvernants républicains. Avec le développement de la grande industrie, la concentration progressive des grandes masses ouvrières réunies sous une direction patronale uniquP, <le véritables juridictions féodales se sont reconstituées. Comme jadis le seigneur sur ses terres, le capitaliste industriel dans son atelier est devenu un justicier souverain. Il applique sans appels des lois édictées arbitrairement par lui sous forme de règlement : amendes, mises à pied, travail supplémentaire; il a institué toute une échelle de pénalité.:; et de délits, sans autre règle d'application que son bon plaisir ou le bon plaisir de ses agents. En France. ces juridictions ont provoqué de .nombreuses grèves dans lesquelles l'État n'a pas cru devoi1·intervenir. Le législateur suisse, pour remédier à un tel ordre de choses, soumet les règlements d'atelie1· à. l'approbation du Conseil fédéral; les ouvriers

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