LA PROTECTION DU TRAVAIL 393 plication de la loi enlève à la femme ou à l'enfant, revient à l'ouvrier qui reçoit de ce chef un supplément de salaire. Mais ce supplément de salaire représente un aœroissement supérieur au salaire normal de l'enfant ou de la femme, dont l'ouvrier bénéficie parce que ce travail, à quantités égales, est payé plus cher à l'homme. Ajoutons que l'organisation de l'atelier moderne, qui ne se prête pas à la variété du temps de travail pour chaque individu, est obligée de se modeler sur la durée légale de la journée de la femme ou de l'enfant, de sorte que la réduction du temps de travail de ceux-ci emporte de fait la réduction de la journée des adultes, ce qui, on le verra, favorise encore les ouvriers dans leur lutte contre le patronat. Nous pouvons donc résumer cette analyse rapide des effets de la protection du travail de la femme et de l'enfant dans les propositions suivantes : On ne peut réglementer le travail infantile et féminin sans réglementer en même temps le travail <lesmasculins adultes. L'objection juridique des économistes tirée de la distinction des personnes n'est donc pas recevable. Dès qu'ils admettent seulement la légitimité de la protection de l"enfant, cette reconnaissance ne leur permet pas de refu,;;er la légitimité de la protection du travail en général. La réglementation bornée à la femme et à l'enfant ne menace nullement le salaire de la famille, et c'est à tort que les économistes invoquent les nécessités du ménage ouvrier. Ces nécessités seront bien mieux sauvegardées par le salaire unique du mari que par le triple salaire du mari, de la femme et de l'enfant. On comprend après ce coup d'œil sur les conséquences qu'a eues en Angleterre la législation sociale du travail, que les ouvriers an- ·glais soient moins portés que les prolétariats du continent à réclamer la journée légale. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'ils n'ont obtenu les progrès notables dont ils jouissent qu'après quatre-vingts ans d'une législation progressive qui a fait défaut à tous les autres prolétariats. Ceux-ci ont donc raison de réclamer à leurs gouvernements respectifs une protection efficace et je ne suppose pas qu'il y ait aucun économiste assez osé pour les engager à recommencer les quatre-vingts ans de luttes du prolétariat anglais. Non: ce qu'ils revendiquent à juste titre, c'est d'obtenir du capitalisme continental des conditions de travail semblables à celles qu'ont obtenues les ouvriers anglais. Or elles ne pourront leur être garanties que par la loi. C'est pourquoi, en même temps que -la protection du travail des femmes et des enfants, ils réclament la protection des adultes.
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