LA PROTECTIO~ DU TRAVAIL la journée de travail est en général de 12 heures, sou\'ent de H et 16 heures, rarement de 10 heures, en Angleterre, elle n'est plus que de 9 heures, 9 heures 1/2 au plus, et les grèves qu'on nous signale tous les jours de l'autre côté du détroit ne tarderont pas à réaliser enfin la durée idéale de 8 heures. Mais il ne faut jamais oublier que si les ouvriers anglais ont conquis cette situation privilégiée en Europe, ils la doivent aux 80 ans de protection accordés à la femme et à l'enfant, protection dont les conséquences ont été d'améliorer le sort des ouvriers aùultes. J'insiste sur ces conséquences directes de la législation sociale anglaise, bornée à la protection de la femme et de l'enfant; parce que si on ne peut protéger une branche du travail sans, par cela même, modilier les conJ1.tions de travail à côté, la distinction établie par les économistes et la thèse juridique laborieusement édifiée sur c..:ettedistinction croulent d'elles-même .. Si, en limitant le travail de l'enfant et de la femme, vous réduisez le temps de travail de l'ouvrier, il n'y a pas de raison pour qu'on ne procède pas directement par voie législative et immédiate à cette réduc..:tion. Or, les effets de la législation anglaise nous montrent qu1il en est ainsi, que l'ouvrier anglais a vu sa journée diminuer à mesure que la loi diminuait le temps de travail des femmes et <les enfants. A cette diminution de la journée correspondait un accroissement de salaires, et non une diminution, comme le prétendent les économistes. C'est ce qui explique que les travailleurs de la Grande-Bretagne se soient attachés, depuis un demi-siède, à poursuivre, non la réglementation de leur propre travail, mais celle du travail féminin et infantile. A l'origine, ils n'avaient accueilli qu'avec une certaine défiance les bills entravant l'emploi des femmes et des enfants clans les ateliers. Ils redoutaient qu'une diminution de re.,sourcP.S s'ensuivit pour eux. Loin de là, par le jeu naturel des conditions nouvelles que la réglementation apportait dans leurs rapports avec le patronat, ils purent retirer des avantages considérables de la protection. Alors, éclairés par l'expérience, ils prirent eux-mêmes la tête du mouvement. Voilà pourquoi, de 181-0 à 184.8et de 1860 à 1877, les deux grandes périodes actives de l'élaboration des lois de travail, les ouvriers anglais formèrent ces vastes associations, ces ligues formidables qu'ils intitulaient Ligue pour la 1·éduction des heures de ti-avail. Il s'agissait du travail de la femme et de l'enfant; mais l'ouvrier confondait sagement leur protection avec la sienne propre; il savait qu'en poursuivant l'établissement de l'une, l'autre lui serait donnée par surcroît. ' Analysons so_mmairement le procès économique engendré par la protection limitée à l'enfant et à la femme, nous ferons mieux res-
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