La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

388 LA HE\.UE SOCIALISTE Suisse, un modèle en son genre. Il devait en être ainsi, d'ailleurs. La Grande-Bretagne étant entrée la première dans la période industrielle, elle deYait, sous peine de tarir la source de sa prospérité, réagir la première contre les abus inhérents au machinisme et à l'extension de la grande industrie. Voyons donc comment s'est établie sa législation, et quels effets elle a eus sm· la classe ouvrière en général. L'Angleterre ne compte pas moins de 80 lois votées à des époques différentes, de 1802 à J88G. Pendant le premier quart de siècle, les mesures de réglementation furent prises sur l'initiative de l'aristocratie, qu'alarmait la prompte dégénérescence de la race. L'industrie, en effet, en jetant la femme et l'enfant dans le bagne de la manufacture ou de l'usine, menar_;aitd'élever la prépondérance économique de l'Angleterre sur les ruines de sa population décimée et anémiée par les tortures d'un travail suppliciant. A cet égard, les enquêtes du commencement du siècle sont unanimes: toutes signalent le rapide dépérissement de l'enfance vouée à d'interminables journées qui fauchaient en herbe les générations ouvrières. Il serait trop long <lerapporter ici les horreurs d'exploitation signalées dans les enquêtes. ~Iarx, dans son Capital, en a accumulé des exemples terrifiants et concluants. Salus populi supremct lex eslo ! Au nom du salut public menacé, et bien que l'économie politique libérale fût alors toute-puissante, les membres éclairés de l'aristocratie réclamèrent des lois <leprotection contre l'exténuation prématurée de centaines de milliers d'enfants condamnés au travail forcé de la machine. Naturellement, ces diverses lois ne furent pas votées sans soulever une tempête de protestations. Les patrons crièrent à la violation de la liberté du travail. Ils s'indignèrent d'être traités d'exploiteurs de l'enfance, eux les bienfaisants et charitables chrétiens - préposés à. la formation de l'épargne, di ait Malthus - dont les bénéfices industl'iels faisaient la gloire de l'Angleterre. Les économistes n'étaient pas moins indignés, et ils combattirent vaillamment, en hércs désintéressés comme toujours, pour la cause de la liberté. Ce fut en vain (1). Les bills se succédèrent, et, brisant toutes les résistances, le Parlement édifia lentement, mais progressivement, (1) Les économistes d'alors a\·aient au moins le mérite <le défendre les patrons a\·ec plus de franchise que nos économi,,tes fra1H;ais contemporains . . ·enior, par exemple, dont Je nom fait encore autorité de nos jours pour les libéraux, se disLiugua par la vi\·acité de ses attaques contre les lois de fabrique. En J8J6 11 alla .'.!tu<lier la fabrication ;\ i\IauchesLer, afin de pouvoir mieux défeudre le maintien des enfants dans les usines. C'est a la suite de cette étude <locurneutaire qu'il publia ses fameuses Lettre~ sur le.~ actes de fabrique; comment il.e, (lj/ ectent les manufacture~ de coton.. (Letters on. the frtclo,·y act-;; a~ its ctf/'ect, the cotton manufact1,re.) Lon<lo11, 11337.

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