La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA PROTECTION DU TRAVAIL 387 de l'enfant vient souvent en aide d'une façon efflcace; ceux de l'industrie, qui ont leurs exigences douloureuses, mais inéluctables. Sont<-celà toutes les réserves de l'économie politique? Pas encore. I ous n'avons pas signalé la plus importante de toutes, celle qui a trait aux dispo:sitions pratiques de la législation du travail. Car il ne suffit pas d'édicter des conditions de protection sociale, il faut encore les faire exécuter et établir une sanction formelle contre les délinquants. Or, cette sanction, les économistes n'osent pas la repousser, mais ils la réduisent à tel point qu'elle devient absolument impuissante à assurer l'application sérieuse de la loi. Les lois de protection ouvrière, disent-ils en effet, sont essentiellement tlirigées contre les patrons, catégorie si intéressante de citoyen,:;. Elles visent directement les industriels, pour lesquels, quoi' {!u'on fasse, elles sont une atteinte à la liberté et à la considération. Elles désignent ces personnes très honorables au soup ;on public, les soumettent dans la pratique à des inYcstigations humiliantes pour leur dignité et dangereuses pom leur autorité. Si elles ne fomentent pas les mauvais instincts des masses, on peut dire qu'elles -donnent au moin.:;un aliment à leurs injustes préventions contre les possédants. Ces lois de protection ne doivent donc pas être conçues <lans un esprit de réglementation trop méticuleux; on ne doit rien introduire dans leur texte qui soit cle nature à favoriser les vexations arbitraires auxquelles les fonctionnail'es de l'Etat ne sont que trop -enclins. L'accès Je ceux-ci dans des établissements privés est déjà uhe déeogation grave au principe de la liberté du domicile; si cette violation est indispensable, que du moins elle se l'as.seavec toute sorte d'égards et de modération. Telle est, fidèlement reproduite, croyons-nous, la thèse économiste sur la réglen1entation du travail. Elle n'admet qu'une protection très limitée de !"enfant, repousse la protection du travail de la femme, des ouvriers adultes, et répugne à toute sanction pénale pour sauvegarder l'exécution de la loi. Nous allons voir, en nous renfermant dans le domaine des faits, si les objections, réserves et négations des économisles sont fondées. Pour cela, nous part:ourrons sommairement les diverses législations du travail exi:stant en Europe; leurs effets et leur::;wodes d'application nous permettront de réfuter, mieux qu'une argumentation purement théorique, la thèse que nous venons d'expo::.er. III Le pays par excellence de la législation sociale est la « libre » •Angleterre. La législation anglaise du travail est, avec celle de la

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