La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA PROTECTION DU TRAVAIL obligations qu'il lui impose. Sous prétexte, en effet, de préserver le travailleur des longues journées exténuantes, la protection rogne son salaire; car la diminution du temps de travail, abaissant sa productivité, aboutit forcément à une réduction du travail payé. Ensuite, on soumet à un niveau égalitaire absurde tous les ouvriers condamnés à travàiller un même nombre d'heures. Or, les uns sont forts et les autres faibles. Premier facteur d'inégalité dans le temps de travail. Les uns ont des besoins très complexes, les autres des besoins très simples. Deuxième facteur d'inégalité dont il n'est pas plus tenu compte que du premier. - De quel droit, cependant, contraindriez-vous l'ounier robuste, doué d'une force musculaire peu commune, à ne pas travailler plus longtemps que l'ouvrier chétif, souffreteux? Pourquoi forceriez-vous l'ouvrier dont les besoins sont très limités à travailler le même nombre d'heures que l'ouvrier dont les besoins sont plus considérables. Le premier peut vivre d'un salaire qui ne saurait suffire au :;econd. Laissez donc chacun d'eux fixer à son gré la durée du temps de trnvail selon des besoins dont il est le seul juge, et n'obligez pas à travailler neuf heures celui qui ne veut travailler que huit - sous peine de faire une réglementation arbitraire, inique, sou1·cede plus de maux et de plus de désordres que ceux auxquels vous voulez remédier. Enfin, il ne faut pas oublier, dans cette question si grave, les conséquences funestes que la protection du travail aura forcément sm· l'industrie. Réduire le temps de travail, c'est, d'une part, ralentie la production générale ; de l'autre, augmenter les salaires, c'est-à-dire aggraver lourdement les charges de la pl'oduction réduite. Si les industeies des pays rivaux sont exonérées de ces charges, vous placez l'industrie nationale dans des conditions d'infériorité qui ne lui permettent pas de résister à la concurrence étrangère, et sous couleur d'améliorer la situation actuelle de l'ouvrier, vous consommez sa ruine, avec celle de l'industrie qui le fait vivre. II. - Le même raisonnement ci-dessus s'applique au travail des femmes. Bien que celles-ci ne jouissent pas des mêmes droits civils et politiques que les hommes, elles n'en sont pas moins réputées personnes majeures et libres. A ce titre, la protection est pour elles, comme pour les ouvriers, une entrave à l'exercice de leur liberté. - Cependant les conditions du travail féminin sont telles, les abus commis clans cette branche de l'exploitation capitaliste sont si criants, q11equelques économistes se sont relâchés de leur intransigeance libérâtre et l.~issés aller à un mouvement de pitié pour cette double martyre de la civilisation industrielle, doublement frappée par les iniquités sociales, exploitée à l'extrême dans son labeur et martyrisée dans son sexe. Ceux-là - c'est la minorité - admettent, •dans une mesure très bornée, qu'une législation sociale bienfaisante

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