La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA PROTECTIO! DU TRAVAIL 883 Beaulieu, les républicains éclairés n'étudient-ils pas la véritable économie politique française, dans ces représentants authentiques de notre pensée et de notre génie national. Ce sera l'éternel honneur de notre patrie d'avoir, par la voix de penseurs généreux, protesté contre la théorie atroce qui érigeait en loi naturelle l'asservissement des travailleurs à la machine et le développement de l'extl'ême misère, parallèle à celui de l'extrême richesse. De 1827 à 1850, ces hommes de cœur et de science s'élevèrent éloquemment cont1·e les maux que les progrès de l'industrialisme déchaînaient. Il me suffira de citer: Sismondi, Droz, Adolphe Blanqui, Eugène Buret, Villermé, qui ont laissé des pages inoubliables sur les con::iéquences lamentables de la liberté éco11omique. Qu'on relise les Nouveciux Principes de Sismondi, on verra qu'il n'y a pas besoin d'aller en Allemagne pour entendre formuler les plaintes les plus énergiques contre les abus industriels inhérents à notre mode de concurrence économique sans frein ni contl'ôle. « Des crises absolument inattendues, écrivait-il dès 1827, se sont succédé dans le monde commercial. Les progrès de l'industrie n'ont pas sauvé les industrieux qui créaient tant de richesses, de souffrances inouïes. Aussi, malgré la foi implicite qu'en économie politique les disciples accordent aux maîtres, les disciples en sont réduits à demander de nouvelles explications pour des phénomènes qui s'éloignent de plus en plus des règles établies ... » . « A entendre certains économistes, s'écriait Joseph Droz, on -dirait que les hommes sont faits pour les produits et non pas les produits pour les hommes ... L'ouvrier bien payé travaille mieux et plus. >> Tous ces écrivains, français d'esprit et de langue, réclamaient une rigoureuse intervention de l'État pour réglementer le travail. Adolphe Blanqui, secrétaire ·perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques, considéra le premier qu'une telle législation, pour être efficace, doit être internationale, et il la proposa, en 1838, -dans son cours <l'économie industrielle fait au Conservatoire. « Un seul moyen existe, disait-il, d'accomplir cette réforme (la protection du travail): ce serait de la faire adopter en même temps par tous les peuples i11dustriels; mais le voudra-t-on? le pourra-t-on ?- Pourquoi pas? On a bien fait. des traités de puissance à puissance pour s'engager à tuer des hommes. Pourquoi n'en ferait-on pas aujourd'hui pour leur conserver la vie et la leur rendre douce. >> Rappelons encore le livre d'Eugène Bmet sur le sort des classes ouvrières en France et en Angleterre, les enquêtes de Villermé, qui firent sensation sous le gouvernement de Juillet. La loi de 1841 sur le travail des enfants et des femmes fut due à ces efforts constants

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