La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCg ET A L'ÉTRANGER 861 ductiou industrielle et les conditions de la vie de l'ouvrier. Fa1· les prog1ès qu'elle a réalisés dans cet ordrn d'idées, par le caractère même de ses institutions et par les principes sur lesquels elles reposent, la France est moins que tout autre pays en situation cle se désintéresser des efforts qui peuvent étre tentés autour d'elle en vue de l'amélioration du sort des classes laborieuses. Le gouvernement français n'a donc fait que s'inspirer de l'une de nos constantes traditions lorsqu'il a décidé de répondre à l'appel que lui avait adressé, dès l'année dernière, le gouvernemed helvétique pour le convier à une conférence appelée à étudier, dans des conditions d'ailleurs tout particulièrement prop1·es à déterminer notre adhésion, une partie des problèmes qui font aujourd'hui l'objet de la communication du comte de Munster. L'initiative que vient de prendre de son côté le gouve1nement impérial était donc assurée d'avance de ne poir,t nous trouver indifférents. Toutefois, indépendamment de l'examen approfondi que réclamait de notre part la nature méme des questions soulevées par sa communication, les engagements antérieurs que nous avions été amenés à prendre vis-•à-vis du gouvernement suisse ne nous permettaient pas de formuler une réponse immédiate. On devait s"attendre en effet à ce qu'une question de priorité s'élevât entre l'Allemagne et la Confédération hel,étique, et nous ne pouvions arréter nos résolutions avant que les deux Etats se fussent mis d'accord pour la rÉ,gler. Cette situation a pris fin : par une communication en date du 27 février, le gouvernement helvétique vient de nous faire savoir qu'il préférait ne pas donner suite pour le moment à son invitation. Rien ne s'oppose donc plus aujourd'hui à ce que nous fassions connaître au gouvernement allemand le résultat de l'examen dont sa proposition a ét'3 l'objet de notre part. Toutefois, dès ses premières ouvertures, la chancellerie impériale a tenu à constater elle-méme qu'il y aurait lieu de compléter ultél'ieurement, en les précisant, les indications générales, qni nous avaient été fournies à ce moment, touchant les conditions dans lesquelles les délibérations qu'elle avait en vue seraient appelées à se poursuivre. Le Cabinet de Berlin ne pouvait, en effet, manquer de se rendre compte que notre adhésion au projet suisse avait été singulièremeut facilitée pat· les termes mémes dans lesquels le gouvernement helvétique avait, en dernii,re analyse, formulé sa proposition et par les précautions qu'il avait prises pour maintenir à la confé1·eneede Berne le caractère d'une délibération exclusivemeut t.echnique et théorique. L'œuvl'e que cette conférence devait accomplir était une simple enquéte internationale dont les conclusions ne pouvaient entraîne1· aucune sanction positive. ' Dans la pensée du gouvernement fédéral, c'était à' la conférence elle-méme qu'il appartenait dti décider si elle adopterait pour base de ses discussions le programme élaboré par lui sous forme de questionnaire pour éviter de rien préjuger, et ce programme, d'ailleurs, laissait de coté la question la plus controversée comme la plus difficile à résoudre, celle de la réglementation de la journée du travail des adultes. D'autre part, les décisions à intel'venir n'engageaient pas les gouvernements, qui devaient en recevoir communication sous forme de simples propositions. Les avantages pratiques d'une pareille méthode n'auront pas plus échappé au Cabinet de Berlin qu'à nous-mémes. Personne, en effet, ne saurait se faire illusion sur les difficultés de tous genres qu'un règlement et même uae simple étude au sein d'une conférenC;e internationale de questions déjà si complexes et si délicates par elles-mèmes eet appelé à rencontrer, tant dans la différence des législations, des conditions 24

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