LE MOUVEMÊNT SOCIAL EN FRANCE ET A L1 ÉTRANGER 35 ne pouvons qu'effleurer en les envisageant ici, - le fond même de certaine~ choses ne nous regardant pas. Nous devons examiner si, en fait, nos délégués ne se trouveront pas dans des conditions exceptionnelles. Il est certain qu'à l'heure actuelle - que noùs le voulions ou 4ue nous ne le voulions pas - les journaux de l'opinion publique et toutes les nations sont persuadés qu'à Berlin on va fai1·e une œuvre destinée }!eut-être à faire face à un mouvement politique intérieur. Nous n'avons pas à intervenir dans ce mouvement intérieu1· del' Allemagne; mais je me demande si justement nos économistes, nos diplomates, ou même nos délégués socialistes - car je vais jusquelà - poul'ront débattre, avec tout le tact nécessaire, les questions qui seront discutées, Je veux bien croire qu'il sera très facile, contrairement à ce que pensait M. Laur tout à l'heure, d'écarter les débats de la conférence de Berlin des questions qui ne sont qu'à côté, que les délégués qui n'auront qu'une mission limitéP., qui se seront entendus avec M. le Ministre des Affaires étrangères, pourront toujours, au besoin, dire qu'ils n'ont pas mandat de traiter d'autres questions que celles qui sont spécifiées dans le programme, et par conséquent je ne crains pas ce danger. ( Très bien J très bien! à gauche.) Je crois cependant que jusqu'à un certain point nous avons des mesures à prendre dans la nomination des délégués. Et ici je vais émettre uoe opinion qui, certainement, ne sera pas conforme au sentiment de toute l'Assemblée; mais, nous personnellement, nous ne devons pas reculer devant la nécessité de vous la faire connaitre. Je suis obligé de vous rappeler que nous avons siégé avQÇdes délégués étrangers dans un congrès international où, sans distinction de nationalito, nous avons émis des Yœux qui ne seraient pas contraires, mais plutôt conformes au désir que semblent manifoster aujou1·d'hui les divers pays qui proposent de s'entendre internationalement au moyen de délégués nommés p!ir les gouvernements. J'estime cependant que cette entente sera aussi difficile que lorsque, sous l'empire, Napoléon III essaya une œuvre semblable. Mais je me permettrai de faire remarquer un fait: je doute que si, à ce moment-là, les républicains, qui siègent au centre, comme ceux qui siègent à gauche, et qui alors combattaient l'empire, s'étaient trouvés en présence de délégués éti-angers chargés de représenter leur pays dans une confl'irence qui semblait dirigée contre eux par le gouvernement, je doute, dis-je, qu'ils eussent approuvé l'attitude de ces délégués. En ce qui nous .:oncerne, par conséquent, aujourd'hui nous sommes bien obligés de reconnaître que l'Allemagne se trouve en présence d'un parti qui justement parait - je puis bien dire l'expression - avoir fait mettre les pouces au gouvernement. (Interruptions au centre. - Applaudissements à l'extrême gauche.) Vous remarquerez, Messieurs, que j'essaye, bien entendu ,<l'évitertoute question irritante. { Très bien ! très bien! a l'extrême gauche. - Parlez! parlez!) Il ne faut d'ailleurs pas oublier que le parti auquel je fais allusion est composé d'hommes que nous devons considérer au moins comme des natures exceptionnellement généreuses. Nous sommes personn~llement bien fondé à vous rappeler que lorsque la guerre a été déclarée en 1870, et lorsque l'Alsace et la Lorraine ont été annexées à l'Allemagne, il y eut dès hommes de ce pays qui se sont levés pour protester et qui ont payé leur courage par la prison. (.Applaudissements à gauche.) Ne l'oublions pas, ce sont ces hommes qui vont se trouver en face de nous. Measieurs, je termine en demandant au gouvernement de vouloir bien, pour la nomination des délégués, tenir compte de cette situation exceptionnelle;
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