La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE MOUVEMENT SOCIAL EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER 357 duire une certaine impression sur la Chambre, nous croyons devoir le reproduire in-extenso. Dans tous les cas, voici l'expérience qui a été faite en Allemagne et les résultats qu'elle a donnés. « L'année 1888 - est-il dit dans un recueil fait par un homme des plus compétents, le doyen des ingénieurs des mines du Nord, M. Vuillemin - rannée 1888 avait été caractérisée en Westphalie par une augmentation de 10 0/0, et le premier trimestre de 1889 présentait encore une augmentation de 8 1/2 0/0 sur le trimestre correspondant de 1888. Telle était la situation lorsque éclatèrent les premières grèves de mars et avril. Les faibles stocks existants furent vite épuisés, et il fallut demander - chose g1·ave- 1.230.000 tonnes de combustible à l'étranger. En même temps, les exportations se réduisaient de 363.000 tonnes. « Le résultat le plus immédiat, obtenu par les ouv1·iers, était la réduction du poste de travail à huit heures et la suppression des heures supplémentaires; la production pa1·homme diminua alors considérablement. On voulut conjurer la crise en augmentant le personnel des mineurs, on l'éleva de 11 0/0. On fut tout étonné de ne voir la production se relever que de 6 1/2 010 à peine. « Ainsi, malgré une augmentation de près de 25.000 mineurs, on avait l'étrogradé comme production et les houillères ne pouvaient suffire à la demande. La construction de 27.000 wagons demandés par le service des chemins de fer était en souffrance, les approYisionnements de charbon pour la mobilisation étaient compromis. C'était un désastre. • Dans les mines fiscales de Saarb1·uck - celles de l'empereur - un grand relâchement dans l'activité et une réduction considérable dans la production par homme furent constatés. « En juin 1889, la production diminua de 20 0/0. En juillet et aoîH, la situation parut s'améliorer, mais ne se maintint pas. En septembre et octobre, malgré une augmentation du nombre d'ouvriers de 5 0/0, la production journalière diminua encore, et alors, le grand chancelier prétend, non sans raison, que les mesures imprudentes prises pat· l'empereur allemand mettaient le pays dans cette situation d'avoir augmenté Je nombre de ses mineurs sans avoir pu encore ramener la production a ce qu'elle était auparavant, ce qu'il fallait a lout prix, sous peine de déchéance industrielle et de menaces pour la défense nationale. )) Voilà l'échec des Allemands. Je suis donc en droit de m'alarmer lorsqu'on vient nous demander, dans le programme de la conférence, de vouloir bien décider chez nous, en France, que les heures de travail seront limitées également et les heures supplémentaires supprimées immédiatement dans nos mines. Nous ne saurions vérifier l'authenticité des faits ci-dessus et nous ignorons a quelle source M. Vuillemin les a puisés. Mais ils sont loin de démontrer que la réduction de la journée de travail doit avoir pour conséquence forcée une diminution de production. Au contraire : si on a pu, en effet, rapporter tout d'abord a l'établissement de la journée de huit heures la diminution de l'extraction survenue au début, on ne saurait invoquer la même cause, lorsque celle-ci n'existe plus. Au début, le nombre d'heures des ouvriers a été réduit : mais l'augmentation du personnel, 11 0/0 d'abord, 5 0/0

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