356 LA REVUE SOCIALISTE publiquement pour la Suisse la priorité de la conférence, qui sait si le gouYernement de Berne n'eût pas maintenu son projet? Malheureusement, il faut bien le dire et le dire avec douleur, le gouvernement français est opposé à la réglementation sociale du travail; on professe clans les sphères gouvernementales les doctrines désolantes d'une économie politique implacable, la plus réactionnaire qu'il y ait en Europe. C'est ce qui ressort des déclarations mêmes que M. Spuller a faites en réponse à M. Francis Laur, et c'est ce qui nous fait redouter que notre attitude à Berlin n'indispose contre nous les classes ouvrières européennes. Nous avons suivi avec le plus vif intérêt les divers incidents de cette interpellation. M. Francis Laur prétendait qu'aller a Berlin, c'était aller chez l'ennemi et s'exposer à être lié par des engagements ie nature à nuire à notre défense nationale. L'empereur d'Allemagne, a dit en substance M. Laur, a inauguré il y a quelque temps la journée de huit hem·es dans les mines de l'État. Cette réforme a eu des conséquences désastreuses pour la production, l'extraction de la houille a baissé dans des proportions si considérables, quel' Allemagne est menacée de manquer de charbon en cas de guerre. Afin de parer à ce que cette éventualité peut avoir de fàcheux pour son pays, le jeune souverain a convoqué une conférence internationale ayant spécialement pour but de réglementer la journée de l'ouvrier mineur - c'est-à-dire de réduire également en France la journée de traYail du mineur et d'abaisser par là sa production au même niveau que celui de la production allemande. L'Espagne, qui est un pays minier, n'a pas' été invitée; l'Angleterre rlont le 1·approchement avec l'Allemagne n'est même plus dissimulé pat· le Foreign-office, s'y trouvera. Mais la réduction de la journée do l'ouvrier mineur ne saurait porter atteinte à sa production. Cette journée a déjà été réduite chez elle à une durée de huit heures, par conséquent le nouveau règlement n'aurait aucune influence sur sa procluction. Seule la France peut être lésée dans ses intérêts. Elle sera en minorité à la conférence et si la réduction de la durée du temps de travail est votée, nous serons liés par des engagements dont la conséquence la plus immédiate sera : la diminution de notre extraction houillière. M. Laur partait donc de ce principe : que la réduction de la journée de travail devait avoir pour conséquence forcée la réduction de l'extraction. Voici dans· quels termes il a formulé son opinion et les faits sur lesquels il l'a appuyée. Ce passage de son discours ayant paru pro-
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