La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LE MOUVE:.IENT SOCIAL EN FRAKCE ET A L1ÉTRANGER 355 aurait un rôle important à jouer dans la conférence ouvrière de Berlin, nous sommes inquiets sur l'attitude de nos délégués et de l'effet moral que cette attitude produira en Europe. Malgré l'état d'9ppression militai1·e que celle-ci subit depuir-;une vingtaine d'années et l'oppression politique qui en est résultée pour plusieurs pays, l'opinion publique européenne a néanmoins une impo1·tancede plus en plus con,-;idél'able. Des gouYernements despotiques tels que le gouYernement impérial allemand, des hommes pl'étenclant dirige1' a leur guise et sans contrôle les destinées des peuples, comme M. de Bismarck, ont b('au mépriser en parole cette opinion. En réalité ils saYent de quel poids ellr pèse clans la balance <lesévénements et ils consacrent tons leurs cffo1'Ls à. se la concilier. M. de Bismarck, par 0xemple, est l'homme qui l'appréci<' le mieux. Aussi a-t-il un scnice de presse uniYcrsel, (lont il reti1·e des avantages nomb1·eux, tant pour sa politique inté1·ieui·eque pour sa politique extél'ieul'e. Le gom·el'llement français est peut-rtre le seul qui n'ait aucune action sur la presse, non seulement sui· la pi·esse française, mais même sur la pr0ssc étrangè1·e. p1·esquctout entiè1·centre les mains <leM. rle Bismarck. Ce n'rst pas là l'un des moindres rlésaYantag-es <lenotre politique internationale, <lénaturéo rlans les feuilles étrangères et même quelquefois desservie par les journaux français. Il faut <lonc s'at ternh·c à ce que nos adYersaires s'efforcent de nous aliéne1· l'opinion européenne, pom· si peu que notre attitude leur en donne le moyen. Si l'Empereur a supplanté la Suisse dans l'initiative de la conférence internationale, bien que 1·ien ne permette jusqu'ici de suspecter la sincé1·ité de ses <léclarations sur la législation sociale du trayail, il est évident, cependant, qu'il n'a contrevenu si graYement, aux com·enances politiques en reprenant, après le conseil fédéral, un projet que celui-ci n'avait pas abandonné, que dans l'espoir d"en retil'er un avantage moral. Nos gouvernants ont-ils tout fait pom· le préYenir, pour engager la Suisse à maintenÏI' son projet? M. Spuller, au cours rle l'interpellation Francis Laur, n'a pas été très explicite là-dessus. Dans tous les cas, les difficultés rencontrées deux ans durant par le gouve1·nement suissé pour amener les divers États d'Europe à envoyer des représentants a Berne, eussent pu ètre aplanies en • partie, si le gouvernement français, qui avai~ adhéré depuis un an. 1 eût pris a tache de faire aboutir le projet de conférence. Il appartenait mème à la France, <le seconder la République sœur dans sa 1 tentative. Elle en eût retiré le profit moral que l'empereur Guillaume ne manquera pas de s'attribuer. Enfin, au lendemain même des resc1·its, si le gouvernement fran- . çais, enchériss~ sur les déclarations de !'Empereur, avait réclamé

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