CORRESPONDANCE 351 ne font rien que tenir le sol sur lequel les autres sont obligés de travailler, obtiennent une somme qui va toujours en augméntant partout où la population s'accroît. Le prix des vivres et de tous produits pourrait diminuer conti~ nuellement parce qu'une population croissante amènerait le travail et le capital à pourvoir aux besoins ainsi augmentés. Mais il y a une autre chose qui ne peut jamais être augmentée, de quelque façon que les besoins s'en fassent sentir à savoir : le sol, la terre, qui fournit les moyens naturels à la production. Commetoute chose est produit du sol, si les uns se sont permis de rançonner les autres pour son usage, chaque accroissement de la populalion fera hausser le prix que ces propriétaires ont le moyen d'obtenir. Toute nouvelle invention, toute découverte qui tend à faciliter la production augmentera la somme que les rentiers' peuvent verser dans leurs caisses, sans pour cela en donner aucun bénéfice aux travailleurs. Il y en a qui, prévoyant ceci, achètent du sol dont ils n'ont aucune intention de faire usage, et le gardent jusqu'à ce qu'ils puissent en obtenir un profit en le vendant ou en le louant aux autres. Ceci réduit encore plus les opportunités du travail et, puisque le nombre des travailleurs cherchant de l'emploi va toujours en augmentant et que la quantité du sol reste la même, le salaire diminue tandis que la rente s'accroît. Voilà la cause principale de l'augmentation de la pauvreté partout, l'origine de cette inégalité qui v'a en s'élargissant et qui divise la société humaine par classes de plus en plus nettement marquées, en un prolétariat travaillant péniblement d'un côté, et une aristocratie paresseuse de l'autre. Si le sol était tenu en commun par tout le monde, comme chez les anciennes tribus allemandes ou chez les Inrliens de l'Amérique du Nord, cela détruirait le pouvoir du petit nombre d'hommes de s'enrichir en s'appropriant la rente du sol. Mais cela détruirait aussi la civilisation, parce qu'il n'y aurait pas de motif pour un homme de cultiver le sol lorsqu'un autre pourrait réclamer la récolte. Tous seraient également pauvres. M. George ne propose donc pas cela. Il soutient la possession individuelle du sol comme nécessaire au progrès. Il propose que l'État prélève en taxes la rente du sol. Ceci est juste, dit-il, parce que cette valeur., cette rente, est créée par la communauté et de droit lui appartient. S'il n'y avait qu'un seul homme dans un certain pays, le sol n'aurait pas de rente; s'il y avait cent hommes, il y aurait une petite rènte; là où il y en a sept millions, la présence d'une communauté si vaste crée une rente énorme. M. George propose donc de confisquer la rente par une taxation. Le résultat serait que ceux qui tiennent le sol sans en faire usage en feraient usage ou l'abandonneraient à ceux qui en voudraient
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