La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

ORGANIS~TION DES SERVICES PUBLICS 335 capital à prélever une part sous le nom d'intérêt, dividende, etc. Il est vrai que les phalanstériens n'admettent pas l'intérêt du capital sous cette forme, qui est celle que l'économie bourgeoise regarde comme la plus conforme « à la nature des choses~- Cet intérêt, même composé, leur paraît par trop simpliste. Ce qu'on appelle dividende au phalanstère, est chose autrement compliquée que ce qu'on appelle aujourd'hui intérêt du capital, ou même dividende des actions des compagnies anonymes ou des sociétés en commandite. On sait qu'au phalanstère la totalité des produits se divise en 3 parts: la part du travail, celle du talent, celle du capital. La part que le capital prélève sur la production se répal'tit ensuite à son tour en trois catégories : une pour les actions ouvriè1·es, une pom· les actions foncières, une pour les actions banquières. Ensuite, •on y engrène si bien les choses, que les actions ouvrières rapportent en moyenne 24 Oro,les actions foncières 12 o,o et les actions banquières 8 010. Enfin, plus une action est forte, plus est minime sa participation au dividende, de façon que le.dividende assigné au capital va décroissant en proportion de l'augmentation dece capital (1). Il est évident que cette manière de voir constitue une atténuation importante de ce qu'on appelle aujourd'hui les droits du capital ; aussi a-t-on vu des fouriéristes hétérodoxes prétendre que cette façon de partager les dividendes devait conduire à la longue à l'égalité des fortunes, à l'équation entre les capitaux de chacun, et par suite à la suppression du dividende alloué au capital. Mais cette opinion est repoussée par la grande masse des phalanstériens; ceux-ci, en dépit des nombreux écrivains socialistes (2) qui leur démontrent que la part du capital est une anomalie, une contradiction, même une impossibilité sous un régjme d'association et de solidarité, ne veulent pas en démordre; ils tiennent à leur dividende du capital comme à la prunelle de leurs yeux. « Nous voulons que le capital rapporte un dividende ,. s'écrie le Bulletin du Mouvement social. Bon, mais alors, vous aurez beau réduire ce dividende à certaines proportions, il n'en conservera pas moins, sous cette forme atténuée, le caractère spoliateur qu'il a aujourd'hui! Vous aurez beau vouloir réduire le capital (ou travail d'hier) à la portion congrue, cette portion n'en sera pas moins illégitime, car elle dépouillera toujours le travail d'aujourd'hui d'une quantité de produits qui (1) FouRIER, « Fausse industrie », t. I, p. 86, (2) VmAL, « De la Répartition des Richesses», 3° partie. - RoBERTldu Var), « Histoire de la classe, ouvrièr(I », 48 _ volume, p. 320. --: P~ouoHON, « 1er Mémoire sur la Propriéte > et« Avertissement aux propriétau·cs ». - •POULIN, « Religion et Socia~isme .,,, 29 partie, p. 177 et suivantes.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==