La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

320 LA REVUE SOCIALISTE venir que nous ne lui offrom;pas autre chose. Quand il a été à même de s'en rendre compte, le sort de la population travailleuse, m0 baine ou rul'ale des pays civilisés ne lui a rien montré qui pût l'attirer, lui qui, depuis son enfance,est habitué à la vie libre du plein air et de la forêt. Le sauvage vit péniblement souvent, mais il a ses compensations; et il a assez d'intelligence, quoi qu'on en dise, pour s'apercevoir que le salarié ne vit guère mieux. Le gibier que tue le sauvage est à lui et personne ne lui en dispute la possession. Tout au contrai l'e, le mercenaire civilisé produit sans relâche pour autrui; et, s'il est constamment à la peine, il n'a aucune pa1·t au profit. De tout le fruit de son travail, il ne retire qu'un salaire incertain, parcimonieusement calculé, à peine suffisant pour le faü•e vivre. Est-ce à dire, qu'il soit désÎl'able de retourner à l'état sauvage? - Non! ce qui est néces. aire, c'est ,le tenir compte, pour les uns et pour les autres, des lois <le l'équité et de mettre fin au régime d'oppression,qui fait le fond de la politique contemporaine. Nou toumons socialement dans un cercle vicieux, où la mi. èi-e est endémique, malgré tous les progrès scientifiques qui ont été réalisés. Avec un ,lomaine dix fois plus g1·ai1cql u'il ne sel'ait nécessaire, nous avons créé une question agraire, qui est le plus outrageant démenti au bon sens, qu'il soit possible à un fou d'imaginer. Les limites de cet article ne nous permettent pas d'aborder en détail la critique ùe l'organisation agraire actuelle; nous nous bornerons à présenter quelques réflexions tirées de l'exemple même que nous avons développé dans cette étude. Les États-Unis, comme on l'a vu, prennent sans façon des terres ou les achètent selon qu'ils jugent qu'il est nécessaire, ou superflu, de les payer. - Donc, c'est que les États-Unis ont un besoin indispensable rle ces terres: c'est que le sol dont ils disposent légalement est insuffisant pour nourrir la population. Tel est le raisonnement qu'on est amené logiquement à faire. Mais, ce n'est pas cela. Les États-Unis exportent en Europe, de Chicago, de la Floride et.d'ailleurs, des millions d'hectolitres de blé et des quantités considérables d'autres denrées alimentaires. Quand on meurt de faim chez soi, il semble qu'on ne doive pas porter, chez le voisin, le peu de pain que l'on possède. C'est cependant c~ qui se passe. Le prolétaire américain n'est pas plus heureux que le prolétaire européen, et si les États-Unis exportent dans le vieux monde, la nourriture qui fait défaut à ses propres travailleurs, c'est parce que le propriétaire foncier y trouve profit et richesse. Autre chose.

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