UN COIN DE LA QUESTION AGRAIRE 319 au traité? S'étaient-ils changés tout à coup en animaux. nuisibles, et méritaient-ils d'être détruits comme on écrase une bête venimeuse? Personne ne l'a prétendu sérieusement, aucune observation, aucune dénonciation clu traité n'a été faite, que nous sachions. Donc, il y a autre chose qu'on ne dit pas et c'est pom· arriver a préciser cette autre cho e, que nous nous sommes si longuement étendu sur un événement, qui, à nos yeux., a le mérite d'êf-.re un exemple topique, fécond en déùuctiorn,. Les conclusions à tirer sont nombrnuses tant au point de vue philosophique qu'au point de vue politique et socialiste : nous nous uome1·on, à insi stel' sur deux constatations,qui nous semblent ressortir clai1·ement<lenotre étude: l'incohérence des entreprises coloniales du -vieux.monde, et une répartition agraire qu'on serait en droit de qualifier cl'jdiote. Pas n'est besoin de _démontrer. que depuis l'époque où les nations européennes modernes se sont lancées dans les expéditions coloniales, elles ont pris leur rôle complètement au rebours, c'est-àclire, <1u'aulieu de donner la p1·épondé1·anceà l'i<lép ciYilü;atrice, tout a été subortlonné à l'intérêt matériel. La seule préoccuvation ne s'a1'rêtant pas sut' une idée qui fût • ouvertement une idée de mercantilisme, c'était la religion; et encore, on a su s'arranger de manière à en tiret les profits d'une bonne affaire. Ceque !'Européen offre, tout d'abord, aux peuples nouveaux, avec lesquels il veut entrer en relation, c·est : la pouùre, l'eau-de-vie ou l'opium, il leur donne en plus la syphilis et, brochant sur le tout, une religion nouvelle. Tous moyen~ perfectionnés et garantis, pour permettre aux hommes de mieux se tuer et de mieux s'ab1'utir. Quand on n'annexe pas, purement et simplement ces nouveaux. amis, on leur offre un protectorat, qui a surtout pour objectif d'empêcher un autre peuple civilisateur de même calibre, de gàter, par la concm·rence,l'afiaire si bien commencée. Par ci, par là quelques heureux résultats jaillissent sans contredit de ces errements, mais ce sont des améliorations de tuile, où la moralité n'a rien à voir. Puis, quand le protecteur pense avoir la possibilité d'utiliser le sol, il en dépouille sans façon le protégé; et, s'il fait mine de résister, il l'extermine, sous prétexte qu'il est réfractaire à la civilisation. C'est cette dirnière considération qni nous a fait choisir, entre beaucoup d'autres, l'exemple de la colonisation effectuée dans l'Oklohama. Ici, comme toujours, on a répété que l'Indien répugne à tout travail, ce qui est faux, car il déploie dans sa vie errante une constance et une somme d'efforts, qui feraient reculer plus d'un Européen. • . Cequ'il ne veut pas, c'est le travail tel qu'on le pratique chez nous. Le sauvage ne veut pas passer à l'état de prolétaire, et il faut con-
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