318 LA REVUE SOCIALISTE On voit que nous ne cherchons pas à esquiver les rlifficultés de notre sujet. Nous irons, si l'on veut, jusqu'à cette concession: que les Indiens expropriés ne méritent, par eux-mêmes, qu'un intérêt purement relatif et que, d'après la place qu'ils occupent, dans la hiérarchie humaine, leur dispa1·itionne porterait pas un coup sensible à l'évolution de notre espèce. - Mais qu'est-ce que cela prouve? Il ne s'ensuit pas pour cela, qu'ils aient, en rien, perdu leur qualité de membres de la grande famille humaine. On peut a<lmett.rele bien-fondé d'une expropriation; mais, étant donnéesles idées mêmes que vous préconisez sur le droit de propriété, toute oxp1·opriation entraîne avec elle l'obligation d'une indemnité compensatrice. Quandvous prenez un lambeau de terrain a un propriétaire, citoyen de l'Union, pour y faire passer une route, un canal, un chemin de fer, ou toute autre chose, vous vous empressez de le payer. Vous ne regardez même pas si c'est un de ces spéculateurs fonciers qui ont édifié des fortunes scandaleuses, sur la plus-value constante de la peopriété immobilière. Non I vous ouvrez vos caisses toutes grandes sans la moindre observation. Pourquoi, alors, n'être pas conséquents avec vous-mêmes et ne pas o!Irir également aux Peaux-Rouges l'indemnité qui leur est due ?j Quelle sorte d'indemnité, direz-vous Y Ceci est aiiaire entre les parties intéressées et il fallait s'entendre avec eux. Il n'y a pas à objecter que ce sont des sauvages, ils l'étaient de même, lorsque vous avez passé avec eux le traité de 1866; et les Sioux, avec qui vous venez de traiter se trnuvent dans la même situation. L'Américain connaît le droit des gens et se mettrait bravement en travers, si quelque nation mal avisée se risquait à empiéter sur la moindre de ses prérogatives. Est-ce que le droit des gens n'implique pas le respect des traités, et faut-il établir un cc disti'ngo », quand une des parties contractantes a le malheur de posséder une épiderme dont la couleur est médiocrement appréciée? Evidemment, le fait d'avoir traité de gré à gré avec les PeauxRouges, en 1866, implique la reconnaissance formelle dudroit de ces derniers sur les territoires qu'ils occupaient, On ne poursuivait pas une conquête avouée, on faisait simplement et bourgeoisement un contrat synallagmatique, stipulant de part et d'autre des droits parfaitement spécifiés.Les Peaux-Rouges avaient même payé comptant, en évacuant aussitôt les terres concédées. Quant aux Américains, moins naïfs, ils avaient surtout pris des engagements moraux, en promettant leur protection, engagements qu'ils ont, et c'est a leur honneur, remplis, ou à peu près, pendant un laps de t~mps de vingt-trois années. Les Peaux-Rouges .avaient-ils commis quelque grave infraction
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