La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

316 LA REVUE SOCIALISTE traités, les préceptes religieux qu'ils affectent de proclamer et même, ce qui paraîtra plus étonnant, les théories économiques, qui servent d'assises à l'institution de la propriété capitaliste, si chère à leur cœurs. Ou !'Américain ment'. sciemment, quand il prêche la fraternité évangélique, ou bien il est dupe de ses préjugés et alors que devient sa supériorité. Si on disait à un pieux presbytériens du Kansas : « Ouvre ton « livre, est-ce que tu n'y trouveras pas quelques-uns de ces précp- « tes de morale humanitaire qui, pour n'appartenir en propre à « aucune religion, sont cependant admis par toutes? - Nef ais pas « à aut1'uice que tune voudraù qui te fût fait - tous les hommes sont « frères, etc, etc. » Le bonhomme vous répondrait très probablement que les Peaux-Rouges ne sont pas des hommes, pas plus que les nègres n'étaient des hommes, pour les planteurs du Sud, avant les guerres de la sécession. Et ces gens-là ont des missionnaires, des clergymen ; et ils sont à la tête d'une soixantaine de sectes et de sous-sectes qui ont la peétention d'être toutes plus pures les unes que les autres 1 Et maintenant nous abandonnerons la théodicée, et les théories d'ordre moral, pour entrer dans le domaine des théories économiques. Nous nous heurterons aux mêmes discorrlances. Le nouveau monde ayant pris à l'ancien son système économique (et ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux), il se traîn~ péniblement dans les mêmes ornières. En fait de propriété, en fait de production et de répartition des richesses, toutes les oligarchies sont unanimes, quelles que soient leur nationalités, et même leurs rivalités. Sur ce sujet, un économiste de New-Yo1·k pense exactement comme le meillem· professeur du Collège cleFrance. C'est pour cela que !'Américain se récrie, ni plus ni moins qu'un bourgeois de Paris, de Londres, ou de Berlin, lorsque des écrivains comme E. de LaYeleye, Stuart Mill, Herbert Spencer, Henri Georges, Benoit Malon et avec eux tous les socialistes, prétendent que les origines et les agissements actuels de la propriété foncière ne sont pas, comme on le dit, embaumés d'un suave parfum de vertu, et qu'il y aurait peut-être urgence à nettoyer ces écuries d'Augias. L'école officielle prnfesse que la pro1)riétéa pour première origine << l'invention))' c'est-à-dire la prise de possession par un premier occupant. A partir de ce moment, elle se transmet, selon les temps et les lieux, conformément aux lois et usages. Les Peaux-Rouges de l'Oklohama, s'ils avaient été instruits en science économique, auraient pu retourner l'argument et déclarer : !( Mais, les premiers occupants, ce sont nos ancêtres ! »

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