UN COIN DE LA QUESTION AGRAIRE 315 « vie. Il n'y a pas a faire montre d'une vaine sensiblerie. Il est « scientifiquement expliqué et expérimentalement prouvé, que les « groupes vaincus, qui ne peuvent pas, ou no veulent pas s'assi- « miler aux groupes vainqueurs, doivent forcément disparaître. « C'est réglé, pour ainsi dire mathématiquement et il n'y a rien à <1 faire. Les Peaux-Rouges se sont montrés irrémissiblement réfrac- « taires au progrès, ils n'ont pu s'adapter à l'organisation civilisée « de notre époque, tant pis pour eux si, dans leur obstination à 1< s'immobiliser, ils sont écrasés par la supériorité des .nations « voisines. > Tout cela est bel et bien, mais il faudrait ne pas déplacer la question et la maintenir sur son véritable terrain; et surtout, il fauorait se mettre d'accord avec les principes que l'on professe. - Oui, sans doute, elle existe cette loi fatale de la lutte pour la vie. Nous savons que les êtres forment une série de mangeurs et de mangés qui commence au photoplasma, passe pas le brin d'herbe et vient aboutir à l'homme. Mais, s'il est permis d'admettre l'incohérence et !'aveuglément féroce du combat chez les êtres inférieurs; si on pousse même la concessionjusqu'à reconnaître, qu'individuellement, l'homme n'a pas le pouvoir de toujours choisir son champ d'action et qu'il est plus souvent l'esclave que le maître des événements; la question change complètement de face, lorsqu'il s'agit d 'un groupe socialement constitué, qui abuse des ressources de sa civilisation, pour dépouiller et anéantir un groupe plus faible. Si cette civilisation n'a pas d'autre valeur qu'un zéro sur le développement de la moralité, il faudrait en convenir et ne pas se prévaloir si fort d'être sorti de la barbarie. L'histoire nous montre que la suppression violente de tout un peuple, no peut jamais être autre chose qu'une gigantesque canaillerie. Que l'idée de cette canaillerie germe dans le cerveau d'un seul homme, ou qu'elle provienne de l'explosion subite de l'égoïsme de tout un groupe, l'infamie est toujours la même. Les Américains devraient se souvenir que lord Baltimore, dans le Maryland, et Wil- ,,,,,, . , . liam Penn, dans la Pensylvame, s y prirent d'autre façon pour coloniser et le résultat a prouvé, ce semble, que la politique de la ligne droite n'est pas la plus mauvaise. A ceux qui nous accuseraient de faire du donquichottisme à propos de sauvages, nous répondrons qu'il y a autre chose : il y a une question de dignité humaine; et, en même temps, une occasion - nouvelle de déma!quer l'hypocrisie et la turpitude de nos systèmes économiques et sociaux. Le bon sens nous force à dire, qu'en cette occurence les Américains n'y sont pas allés par quatre chemins; et que sans scrupule, sans la moindre vergogne, ils ont résolument violé le respect des
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