La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

UN COIN DE LA QUESTION AGRAinE 313 petites batailles à coup de révolvers, qui sont l'accompagnement obligé de tout mouvement d'émigration; mais, on sait qu'en Amérique, ces procédés de discussion ne tirent pas autrement à conséquence. Seulement, dans toute cette combinaison, une chose avait été, nous ne dirons pas oubliée, mais négligée : c'est que le gouverne~ ment distribuait des terres qui ne lui appartenaient pas. A part ce léger détail, tout a été correct. Sans exposer par le menu, les phases diverses du peuplement de l'Amérique du Nord par les émigrants européens, rappelons qu'a diftërentes époques, le gouvernement des États-Unis traita avec les Indiens autochtones, pour obtenir de ceux-ci des cessions de territoires, à des conditions arrêtées et débattues en commun. Les Américains, en renonçant à une conquête à main armée, nourrissaient-ils, en secret, la pensée machiavélique de s'emparer progressivement de tout le pays, par le refoulement partiel et successif des Indiens ? C'est un point délicat dont la discussion nous entraînerait trop loin et que nous ne chercherons pas à éclaircir en ce moment. Ce qui est certain, c'est que des territoires de chasse, qualifiés « réserves -. étaient attribués aux indigènes, sous la protection du gouvernement, avec cette stipulation expresse que << Jamais » les « VisagesPàles » ne pourraient s'y établir. L'Oklohama, dont nous nous occupons en ce moment, situé au sud du Kansas, est un territoire de cent quatre-vmgt-cinq mille kilomètres carrés, à peu près le tiers de la France. On voit que c'est un assez joli lopin. Il servait de rése,·ve aux tribus des Cre~,kset des Séminoles, vul• gairement confondues sous le nom de Peaux-Rouges. Par un traité, en date de 1866, ces Indiens avaient abandonné de vastes possessions aux États-Unis et, au moment où fut proclamée la colonisation dont nous pal'lons, ils étaient parqués dans l'Oklohama, au nombre de cinquante à soixante mille, -vivant assez misérablement de chasse et de pêche, et recevant en outre du gouvernement américain, à titre de compem;ation, pour les terres précédemment abandonnées, des couvertures de laine, des grains, de la poudre, etc., etc. Il était aussi particulièrement entendu que le gouvernement s'opposerait énergiquement aux invasions toujours menaçantes des c Settlers -.. On n'ignore pas que les « Settlers » sont des aventuriers généralement d'origine européenne, qui stationne~t sur les confins des c Réserves > soit, pour trafiquer avec les Indiens, soit, pour tenter •de s'approprier, de façon ou d'autre, une parcelle de terrain. ' Confiant dans leur traité, les Peaux-Rouges virent d'abord, sans 21

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