La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE merciale, quoique le droit que s'arroge une génération, d'aliéner le domaine commun, sans souci des générations a venir, nous paraisse un droit fort discutable. Nous nous contenterons donc d'étudier en détail seulement, l'annexion de l'Oklohama. On nous fera sans doute ce reproche que la question a perdu son caractère d'actualité - c'est vrai - mais, il y a possibilité d'en extraire quelques déductions sociologiques intéressantes et cela d0it suffire. Le 22 ai;ril dernier, une proclamation du président des ÉtatsUnis d'Amérique rendait exécutoire la loi votée par le Congrès, qui livrait a la colonisation tout le territoire de l'Oklohama. C'était le lundi de Pâques. « L'oncle Sam » mentirait a toutes impulsions du sang anglosaxon qui coule dans ses veines, s'il oubliait de faire interYenir le Ciel dans ses petites affaires. Les dévots puritains, qui s'étaient égosilles a chanter des psaumes penèlant les jours saints, poussèrent un superbe « alleluia » en l'honneur du président, qui avait eu l'idée exquise, de faire coïncider sa proclamation avec le lundi de Pàques. •- On allait se décarêmer en dévorant du Peau-Rouge. -All right ! tout était pour le mieux. En Europe, quatre-vingt dix-neuf personnes sur cent, ne virent là • qu'un événement insignifiant et purement local : l'Amérique s'organisait chez elle, elle ouvrait un territoire a la colonisation. Disons d'abord ce que signifie cette expression : « ouvrir un territoire a la colonisation ». A première vue, on pourrait croire que c'est l'Etat qui distribue, gracieusement et gratuitement, des terres qui lui appartiennent, sans autre condition, que celle de les cultiver. On va voir que ce n'est pas tout a fait cela. Dans le cas qui nous occupe, il y a bien effecti,;ement une abon-, dante allocation de terrains et même, par extraordinaire, cette opération a été réglementée, officiellement, d'une façon tout exceptionnelle. Le gouvernement aYait pris les me~ures les plus minutieuses pour assurer le fonctionnement de cette vaste distribution. Le général du « Land-of fi-ce » particulièrement chargé du service des tenes, avait installé deux bureaux supplémentaires. Le « Postoffice » avait organisé un senice spécial, pour l'expédition et la èlistrihution des lettres. Des architectes et des ingénieurs avaient., d'avance, tracé des plans et désigné les emplacements a choisir, pour la construction des villes. Des banques avancèrent même des capitaux aux ·plus entreprenants, aux plus hardis et aux plus intelligents des futurs colons. Tout.enfin, avait été prévu, combiné, calculé, pour que l'opération aboutît sans encombres. C'est en effet, ce qui est arrivé, sauf, par-ci par-la, quelques,

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