La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

UN COIN DE LA QUESTION AGfiAIRE 311 UNCOINDJ~LAQUESTIONAGRAlRE ___ __,_.., .. ...,. .. ___ Dans le coueant de l'année 1889, il s'est passé en Améeique deux faits qui, pout· n'avoie eu chez nous qu'un méùiocre retentissement, n'en sont pas moins des plus inté1·ossant:;au point de vue sociologique. Le premier de ces faits est la main-mise ùu gouvernement des États-Unis, SUL' le ter·ritoire des Indiens ùe l'Oklohama. Le second, c'est l'acquisition par le même gouvernement de onze millions d'acl'es de terres, entre le Missouri et les :Montagnes-Noires, moyennant la somme <lequatorze millions <ledollars. Le march6 fut conclu entre le Cabinet de Washington, d'une part.; et, Gall, c~ef des Indiens Sioux du Dakota, d'autre pal't. Ceci provoqua cette réflexion humoristique d'un journaliste, que les Sioux allaient. passer à l'état de capitalistes, ce qui ne manquait pas d'ol'iginalité. En effet, quatorze millions de dollars sont un assez joli denier, pour des sauvages assez peu habibués aµ confort de la ciYilisation. Un de ces honnêtes naïfs, comme il s'en trouve quelques-uns, parmi les hommes qui se tiennent en dehors de l'atmosphère politique, pourrait se demander ayec étonnement : « Puisque les Américains paient le territoire des Sioux, pourquoi se dispensent-ils de payer celui de l'Oklohama? » A cela, la réponse est facile. - Dans notre siècle de progrès, cette vieille théorie a toujours cours : que les gouvernements ne doivent avoir d'autre guiùe que l'intérêt. - C'est peut-être risqué commemorale ; mais, c'est ainsi et les Américains en ont profité. - Pour le Yankee, les affaires sont les affaires. Avec l'Oklohama, il n'y avait, comme on dit, qu'à se baisser pour le prendre. Pas de risques, pas d'aléa en perspective, la chose allait toute seule. Avec les Sioux il n'en était plus de même, la recette et la dépense avaient besoin d'être minutieusement· calculées, par cette raison, quo les Sioux, commandés par leur chef Gall, s'étaient monti'és redoutables dans la lutte où périt, il y a deux. ans, le général Custei', avec la colonne qu'il commandait. Pour ré<luire les Sioux, il eùt fallu faire les frais d'une expédition qui aurait été certainement coûteuse en hommes et en argent. Bref! il parut à peu,p1•èsévident, qu'il y avait économie à payer les quatorze millions de dollars. Nous ne nous attarderons pas à analyser cotte opération com-

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