208 LA REVUE SOCIALISTE Pai· conséquent., l'égalité de tous les Français ,lovant la loi était sans doute une vérité au criminel mais non pas au civil. La justice était bien gratuite en ce sens que les magistl'ats sont payés par nttat. Mais nos lois, dans l'intérêt bien entcncln des plaideurs, et pour 1·ompre toute inégalité de fo1·cesintellectuelles entre eux, exigent l'emploi d'intermédiaires avoués, dont los frais et salafres demeurent à la charge ,les plaidem·s. Or, lorsque le pam re èp1·ouvele besoin de recourir aux tribunaux, il est souvent arrêté pai' cette barrière infranchissable pour lui, le ,léfaut rl'argent. Le pauvre n'était tlonc pas l'égal clu riche de, ant le salaire à payer, rigoureusement même à a,ancer aux ofHcie1·sministériels, lol'squ'il fallait plaider au ciYil. L'objectiou ne , enait pas clel'avocat, car tous les tableaux d·or<lre ont toujours porté la meution que les arncats consultent et plaident gnttuitoment pour les irnligcnts. - Il ne pouvait rn être ainsi de l'avoué. L'avocat., en plaida.nt gratuitement, fait l'aumone ùc son temps et clc son tt·avail, l'ayoué, on suivant la procé,lure gratuit<•m011L, forait l'anmone aussi clc son temps et 110 son LI·avail,et ,le plus, sortimit de sa. bourse tlos sommes cl'argent parfoi<; considérables. - Dans <1uelquesg1·andesvilles, à Versailles nolammcnl, les a,oués ar1·inüent ùieu à s'entendre lJOUl' ne pas exiger lem· salaire et même pour payer, à l'aide d'une bourse commune, les frais des procés <lesiutligents. Mais, l'organisation, la géné1·alitéet aussi l'im1>artialitémanquaient à ce généreux mouvement. - Il fallait obtenir ùe l'huissier, du greffier et du consenalcur des hypothèques l'abandon de leurs salaires, et de l'État lui-même, la déli\'rance gratuite du papier timbré et la remise des cll'Oitsclegreffe et <l'enregistrement. Trop ùe bonnes Yolontés se sont trop sou, eut ll·ouYécsparalysées par l'intlexible rigueur <lu fisc augmentèe encore par quelques 01·<lonnancesdes gouYernements censitaires (le la Restauration et de l'Usurpat.ion orléaniste. Les républicains de 1848 comprirent à merveille quo la société devait aux indigents d'empêcher que la loi judiciail'e leur soit formée, soit par l'impossibilité d'obtenir (les défenseurs, soit par l'obligation d'acquitter les frais de justice. Le premier obstacle étant déjà levé par la désignation d'avoués et d'a,ocats d'office, ils ·rnulurent faire dispaettître le second par la remise ,les impôts établis au profit de l'Etat, sauf restitution par la partie a(lverse, si elle est condamnée aux dépens et même par l'indigent, si le gain du procès lui en fournit les moyens. De là les travaux préparatoires <lela loi promulguée en 1851 comme réclame bonapartiste. Cependant le mal se faisait sentir depuis longtemps, car toutes les 11uestionsd'Etat touchent aussi profondément les classes pauvres
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