288 LA REVUE SOCIALISTE: critérium moral qu'après avoir ressenti le frisson vivifiant de la sympathie universelle. Comme le Faust de Gœthe, il sent toute la misère de l'humanité s'appesantir sur sa tête et meurtrir son cœur. Mais au lieu de ne jeter que le cri de désespérance égoïste : Oh l que ne suis-je jamais né! il dit avec Carlyle : « Mon seul espoir, mon inexpugnable consolation, « quand je considère les misères du monde, est que tout ceci est en a voie de changement. • Et il ne s'en tient pas à l'espérance, pas même à la bienveillance pratique si biencaractérisée par l'auteur de l'lrréligiori de l'avenir (1), il sait qu'en nos temps troublés, mais actifs, mais féconds, aspirer au bien n'est pas suffisant, il faut travailler à son instauration, d'où pour le socialiste de nouYelles tàches. Instruit par l'histoire de l'inefficacité des morales purement préceptorales, même pratiquées en exemple par les meilleurs, il se reconnaît d'autres devoirs de caractère plus militant. Il sait qu'il n'y a pas de régénération morale sans transformation sociale préalable et il agit en conséquence. Pour lui le devoir moral se complique donc du devoir politique, entl'aînant l'action incessante contre les oppressions, contre les iniquités et pouvant aller jusqu'à l'action révolutionnaire pour la conqnAtcou la défense de la liberté politique et de l'égalité sociale. La morale altrui:-;te ne deYiendra effectivement la loi de tous que lorsqu'elle aura la justice sociale pour substi·atum, que lorsque la société sera organisée ùc telle façon, se comportera de telle manière, vis-à-vis de chacun de ses membres, qu'à tout homme social on puisse dire avec vé1·ité sur lo rythme virgilien : Heureux enfant, connais ta mère à son sourire. B. MALON. Le Cannet, le 23 décembre 1889. (1) J'ai deux mains; l'une pour 2ene1· la main de ceux avec qui je marche dans la vie, l'autre pour relever ceux qui ton,be11t. Je pourrais même à ceux-ci tfüdre les deui.:.mains ecsemble. (Guyau, l'lrreligion de l'avenir.)
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