L1ÉVOLJ]TION MORALE ET LE SOCIALISME 287 Nous pourrions continuer cette revue des plus illustres moralistes sociaux par Auguste Comte qui a donné du devoir moral cette belle définition : Vivre pour autrui, en servitew· éclairé de l'Humanité; par Feuerbach qui, comme le chef du positivisme, veut substituer au culte des dieux détrônés par la science le culte de l'humanité; par Alfred Fouillée qui fait de la morale une sorte d'esthétique sociale aboutissant à l'altruisme social, fils lui-même du croissant altruisme intellectuel; pai' le regretté J.-M. Guyau pour qui toutes les impulsions mornles se résolvent en un sentiment profond de la solidarité; par Fechner, par ·wundt et autres non moins auto-- risés; mais les pages précétlentes suffisent à établir la noblesse originelle de la morale sociale qu'il appartient au socialisme de faire accepter comme règle maîtresse des actions humaines et qu'en attendant les socialistes doivent p1'ondre pour rèµ:lc de leur conduite personnelle. Nul besoin de périlleuses aff1rmalionsmystiques, ni d'abstrus concepts métaphysiques pour s'inspirer des principes suivants, d'aussi facile compréhension que d'uniyersellc efficacité : Dans les relations sociales la justice et la solidarité; dans les relations individuelles la sincérité et la bonté; dam les relations aYec tous les êtres, les animaux compris, la modérat.ion et la pitié. • Nous sommes sûrs de ne pas errer, en nous faisant les pratiquants de la justice et de la fraternité envers nos semqlables, de la compatissance et de la bouté envers et pour tous les êtres sensibles. Tournez et retournez la question; dans tout vice, vous trouverez l'égoïsme; dans tout crime, la cruauté, manifestation aiguë del'insensibilité aux maux d'autrui. Les criminologistes ne s'y trompent pas. Semez la sensibilité et la compatissance, en même temps que la justice et vous récolterez l'altruisme, cette morale des morales. Avec la bonne volonté dont parle Kant, la bonté et la pitié sont encore ce qu'ily a de meilleur dans l'âme humaine. Quand on les possède,même n'allant pas sans quelques défaillances de caractère ou d'actes, on possède la meilleure vertu, la vertu bienfaisante. Notre plus impérieux devoir moral est donc de les acquérir et préconiser tout d'abord. A l'encontre du moraliste religieux qui ne parle que do corruption humaine originelle et de vengeance divine; différent du moraliste bourgeois dont la courte vue ne dépasse pas l'horizon borné et étroit du chacunpour soi, le socialiste n'aborde la grave question du des êtres. Un être parfait ne serait plus égoïste. (Renan : Les apôtres.) L'altruisme est le motif moral par excellence ('). (') « Le grand bien de l'humanité, c'est la bienveillance, ce sont les bienfaits, c'est l'amour. " (Mirabeau, Lettres à Sophie.)
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==