La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION MORALE ET LE SOCIALISME 28j certains désirs d'intérèt indiYiduel à condilion qu'ils ne seront pas nuisibles à autrui, <1 il ordonne et e:cige que la culture de l'amour et de la vertu soit poussée aus i loin que possible comme étant de toutes choses ce qui importe le plus au bien général ,.. Puis l'auteur del' Utih'tarisme, ou théorie du bonheur, s'efforce de prouver que l'intél'ét individuel et l'iutérèt collectif se confondent: « Ceux-la seulement sont heureux., <lit-il, qui ont l'esprit tendu vers quelque objet autre que leur propre bonheur, par exemple vers le bonheur d'autrui, ver· l'amélioration de la condition de l'humanité, même vers quelque acte, quelque recherche qu'ils poursuivent, non comme un moyen, mais comme une fin idéale. « Aspirant ainsi a une autre chose,ils trouvent le bonheur chemin faisant. Les plaisirs de la vie - telle élait la théol'ie a laquelle je m·arrêtai - suffisent pour en faire une chose agréable, quand on les cueille en passant sans en faire l'objet principal de la vie, et du coup vous ne les trouvez plus suffî-ants_tlls ne suppo1·tent pas un examen séeieux.. Demandez-vous si vous ètes heureux. et vous ces ez de l'être. Pour êti-e heureux., il n'est qu'un seul moyen, qui consiste à prendre pom· but de la vie non pas le bonheur, mais quelque fin étrangère au bonheur. » Paetant du même point de vue utilitaire, et en indiquant comme idéal moral : La vie complète dans la soci'étécomplète, Herbert Spencer voit deux morales en présence: la morale primitive de l'égoïsme et la morale idéale de l'aHruümie clont l'avènement n'est pas proche. Il en conclut qu'il est nécessaire qu'entre le commencement et la fin, pendant toute l'éyolution sociale, il s'établi. se transitoirement une morale trausactionnelle qu·on peut appeler morale égo-altruiste et qui dominera tant que l'altruisme ne sera pas gér1éralisé. Schopenhauel' n'aurait pas admis ces tempéraments du philosophe de l'évolution. Pour le chef du pessimisme moderne, il n'y a que trois motifs généraux aux.quels se rapportent toutes les actions des hommes : c'est seulement à condition de les éYeiller qu'un autl'e motif quelconque peut agir. C'est : a) L' lgoisme : ou la volonté qui poursuit son bien propre (il ne souffre pas de limites). b) La méchanceté, ou la volonté poursuivant le mal d'autrui (elle peut aller jusqu'à l'extrême cruauté). c) La pitié poursuivant le bien d'autrui (elle peut aller jusqu'à la noblesse et à la grandeur d'âme). Il n'est pas d'action humaine qui ne se réduise à l'un de ces trois principes; to1:1tefoisil peut arriver que deux y concourent. Les actions inspirées par le premier motif sont quelquefois indiffé- , rentes, le plus souvent nuisibles à autrui; celles inspirées par le

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