La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE bonheur, les voix réunies <lela prudence et de la bienYeillance se font entenrlre et nous disent: cherchez Yotre bonheur dans le bonheur d'autrui. Si chaque homme agissant aYec connaissance de cause dans son intérêt inclividuel, obtenait la plus grande somme de bonheur possible, alors l'humanité arriYerait à la suprême félicité et le but de toute morale, le bonheur uniYersel, serait atteint.'> Généreu~es paroles que le grand utilitaire commente dignement en étendant sa biem·eillance aux animaux clansles termes suivants: « Ce que nous proposons, c'est d'étendre le domaine du bonheur partout où respire un être capable de le goûter, et l'action d'une àme bienveillante n'est pas limitée à la race humaine, car, si les animaux que nous appelons inférieurs n'ont aucun titre à notre sympathie; sur quoi s'appuieraient donc les titres de notre propre e~pèce? « La chaîne de la vertu enserre la création sensible tout entièi·e. « Le bien-être que nous pouYonsdépartir aux animaux est intimement lié à celui de la race humaine, est inséparable du nôtre (1). » Outre la précieuse recommandation altruiste, nous avons là un mobile nom·eau bien supérieur à l'intérêt., la ,·echerche du bonheur, car tout bonheur tligne de l'homme ciYilisé est social dans sa source et dans son objet, en raison directe du déYeloppement intellectuel, affectif et moral du sujet. Alfred Fouillée et J.-M. Guyau, entre autres, l'ont magnifiquement démontré (2). L'illustre J. S. Mill le comprend également ainsi, lorsqn'il pose en tait que le principe général auquel toutes les règles de la pratique denaient être conformes, n'est autre que le bonheur du genre humain et de tous les êtres sensibles. Le sarnnt philosophe ya plus loin; si le critérium utilitaire tolère (1) L'homme de bien comprend que le8 animaux mêmes capables comme lui de juui~sance et de souffr:rnce ont droit à sa compassion, et yue selon la belle expression de Bentham, la chaîne d'or de la sympathie doit enserrer toute la naturP, vivante. C'est la <lernière des acquisitions morales. Un tel sentiment est entièrement inconnu des sauvages, sauf pour leurs animaux favoris. Il n'était pa.~moins étran3er aux anciens Romains comme le prouvent les abominables tlleries du cirque. Les stoïciens semblent en avoir eu quelque conscience; les premiers anacho1 èles le populari~èrent nu sein dt• christianisme naissant; l'école utilitaire de Bentham lui a donné une place importante parmi les conditions de la vertu et la philosophie transformiste en 1,roclamant. l'origine animale de l'homme, doit contribuer encore à son développement (L. Currau: Etudes sur la théorie de l'éul)lution. (2) A. Fouillée : Critique des systèmes de morale contemporaine. J. M. Guyau : Essai d'une morale sans obligation ni sanction. L'irréligion de l'avenir.

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