L'ÉVOLUTION MORALE ET LE SOCIALISJIIE 281 o Or est-ce pour autrui ou pour moi que la raison m'ordonne d'être « heureux ? ,, La Mettrie retardait; son matérialisme partait du point de vue mécaniste du sec et peu recommandable Descartes dont le caractère fut si inférieur a l'intelligence; tandis que déjà le siècle généreux et Yaillant du philosophisme se plaçait au point de vue finaliste ou téléologique, glorifiait le sentiment (1) et considérait que les choses ont une destinée que dans une certaine mesure l'action humaine peut améliorer. Que si donc les sanctions extra-terrestres étaient repoussées avec mépris, si la vertu pour la vertu n'était pas très en faveur, l'intérêt n'était accepté comme motif moral riue soigneusement épuré par le ~ens social, il devenait alors l'intérêt bien entendu. • Rechercher le bonheur en faisant le bien, en s'exerçant à la connaissance du vrai. disait Diderot en ayant toujours devant les yeux qu'il n'y a qu'une seule vertu, la justice, un seul devoir, se rendre heureux. :. D'Alembert insiste plus viYement sur le côté social du devoir : « La vertu est le supplément des lois : la vertu sera d'autant plus • pure que l'on sera plus rempli de l'amour de l'humanité. • Plus optimiste, en même temps que plus étroit en morale est Helvétius : « Le désir de notre bonheur suffit. pour nous conduire à la vertu ,. affirme-t-il sophistiq11ement, car il y suppose chez tout homme le sentiment de la justice et de la solidarité, quand il y a si loindecette supposition a laréalitédes choses. L'auteurdel'Espnten a lui-même conscience, puisqu'il dit plus loin que ce sont les lois qui détermineront les limites du droit indiYiduel et les justes exigences du droit social. Le Mécène des philosophes du xvm• siècle, l'auteur matériahste du Système social, tout en basant sa morale sur l'intérêt ne manque pas de donner a ce dernier le croc en jambe des limitations sociales. «Lemot intérêt, dit.effectiYementlebaron d'Holbach, est le synonyme de corruption, d'injustice, de petitesse dans un avare, un courtisan, un tyran. Dans l'homme de bien, intérêt signifie : équité, bienfaisance, grandeur d"àme. » Qu'est-ce a dire, sinon que le Jevoir social doit gouverner sous le règne de l'intérêt bien entendu. Et qu'il va loin ce devoir social. D"Holbachdit encore:« J'aime le principe de l'homme sensible qui a dit qu'on ne devrait ni battre un chien, ni tuer un insecte, sans cause suffisante pour se justifier devant le tribunal de l'équité. » (1) Le xv111° siècle, fut un siècle sympathique à la souffrance .... il a été très humain, c'est lui qui nous a donné le mot bien{ai.~ance,e_xpre:ision caractérisique de fes aspirations. (E. <lePom pciry ; Reuue philosophique et religieuse. 19
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==