280 LA IlEVUE SOCIALISTE laquelle dit-il, est définie « Une assemblée générale d'hommes « possédant collectivement un droit commun sur tout ce qui est en « sa puissance. » D'où il ressort, conclut-il, « que le souverain n'est « lié par aucune loi. » Toute la doctrine démocratique moderne est dans ces paroles du grand Barruch. On reconnaîtra que ce réalisme était tout à fait la contre-partie du néo-stoïcisme dont Pomponace le matérialiste démocritain avait été le plus grand représentant moderne (1). Malheureusement, dans ce sombre et dur dix-septième siècle, fils d'un siècle plus viril, mais non moins rude, l'utilitarisme,social de la nouvelle philosophie ne pouvait guère être compris. Dans 1·asservissement général et dans la paupérisation déprimante qui découlaient de la monarchie à son apogée, les antagonismes individuels, l'àpreté du gain à laquelle les progrès économiques omTaient de nouvelles carrières, étaient exclusivement surexcitées. Ils trom·èrent l'un et l'autre leur philosophe dans Hobbes que l'on peut considérer comme le successeur des cyrénaïques antiques et le premier maitre de l'utilitarisme individualiste moderne. D'après l'auteur de Léviathan. si une personne veut nuire à une autre du moment qu'il n'existe entre elles aucun pacte, on peut dire que la première fait du tort à la seconde, non qu'elle commet une injustice, car comme il n'y a ni justice ni droits abstraits, il n'y a pas non plus de deYoirs.Tout est recherche de l'intérêt personnel, l'homme est un loup pour l'homme (homn homù,i lupus). Ce monde est le théàtre de la guel're do tous contre tous (bellum omnium contra omnes). Il n'y a cledroits que lorsqu'il y a société et contrat, mais il ne peut y aYoir contrat et société durable, vu l'indomptable égoïsme do la populace, que sous le despotisme absolu d'un monarque omnipotent ,·éritable LéYiathan social. Le dilemme n'est pas consolant, la sauvagerie où la tyrannie; Hobbes vivait au temps de Louis XIV et de Charles II. C'est uae excuse que ne pourrait invoquel' au m('me degré La :Mettrie,tlisant.en plein xvm0 siècle (à la cour <le Feé,lérick ile Prusse, il est nai) «La.vertu et la vérité sont des ètres qui uc "' valent qu'autant qu'ils servent à << celui riui les possèrle... Mais, faute de telle ou telle vertu, de telle « ou telle vérité les sociétés et les sciences en souffriront ! - Soit, « mais, si je rn' les priYe pas de ces ayania~ü:-;,moi j'en souffrit',Ü. (1) La vraie récompense <le la vertu c'e:it l:i l'ertu elle-môme, qui ren<l l'homme heureux : car la nature humaine ne peut possé<le1· rien <le plus suùlime que la vertu; elle seule donne la sécurité à l'h0mme et le préserve <le toutes les agitations. Chez l'homme vertueux tout est en harmonie, il ne craint rien. il n'espère 1·ien, et reste toujours le même dans la prospérité comme llans l'infortune. Le mieux trouve sa punition dans son vice môme. "' (Pompouace : Traité cc;ntre l'immortalité de l'ùme)
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