La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

278 LA BEVUE SOCIALISTE cette chose iudécisect mouvante qui a nom la conscience humaine(!). Au point de , ue indiYiduel chaque conscience est le p1·oduit de conditions particulières d'hérédité, d'éducation, de milieu, de circonstances, de situation qui font qu'elle ne ressemble pas aux autres. Autant d'hommes, autant de consciences. « Mais Yotre conscience? » objectait un personnage de comédie à un usurpateur qui se félicitait de son crime. « Eh! Seigneur, répondit-il, ou gît-elle ma conscience? Si c'était une engelure elle m'obligerait a mettre des pantoufles; mais je ne sens pas dans mon sein la présence de cette divinité (2). La conscience est le frein des mieux doués; mais elle est trop inégale et trop restreinte dans ces manifestations pour que nous puissions chercher là une base morale d'ordre général. Dira-t-on que de la moyenne des consciences se forme, sous la pression du même courant historique, une conscience génémle qui sert de mesure a l'impératif caLégo1·ique?Il sera facile de répondre que cette consc10nce générale elle-même, toujours assez yaguc du reste, se développe sans cesse, c'est-à-dii·e se modifie constamment dans le temps; elle ne saurait donc être un substratum moral permanent. En tous cas, elle n·est qu'une résultante indécise d'où s'échappe constamment le flot vivant des consciences in<liYiduelles qu'elle ne peut contenir et qui retombent au-dessous d'elle et la dépassent. Ce trop grand dédain des réalités sentimentales et sociales n'a pas échappé aux plus éminents disciples hétérodoxes de Kant, tels que Fichte et Lange, en Allemagne, et Ob. Renouvier en France. Fichte dit bien lui aussi : « Le motif moral est absolu, il commande simplement sans intenention d'aucune fin différente de luimême. .,,Mais il ajoute, dans un élan d'enthousiasme inspiré par l'explosion de la RéYolution française qui fascina Kant lui-même : « Non, ne nous quitte point, Palladium sacré de l'humanité; pensée (1) « Bien des gens s'étonneraient, s'ils pouvaient voil' de quels éléments cette conscience, dont ils se font une si pompeuse idée, se compose exactement : environ 1/5 de crainte des hommes; 1/5 de craintes religieuses; 1/5 de préjugés; 1/5 de vanité et 1/5 d'habitude; en somme, elle ne vaut pas mieux que !'Anglais dont. on cite ce mot : I cannot affard to keep a conscience, (entretenir une conscience, c'est tr0p cher pour moi). Les personnes religieuses, quelle que soit leur confession, n'entendent souvent, par ce mot de conscience, rien autre que les dogmes et les préceptes de leur religion, et le jugP.ment qu'on porte sur soi-même en leur nom; c'est en ce sens qu'il faut entendre les mots intolérance ou conscience imposée et les thfologiens, les scolastiques et les casuistes du moyen âge et des temps modernes : la con.-,cienced'un homme, c'était ce qu'il connaissait de dogmes et qu'il avait de préjugés . .,, (Schopenhauer, Fondement de la morale. (2) Shakespeare : La Tempête, acte II.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==